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" Les hôpitaux ont suffisamment de cartes en main "

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" Les soins de santé sont aujourd'hui à la veille d'un changement de paradigme. De soins centrés sur le médecin et l'hôpital et rétribués majoritairement à la prestation, nous allons évoluer vers des soins intégrés centrés sur le patient et fondés sur la valeur qui mettront beaucoup plus l'accent sur des paiements groupés. "

18 décembre 2019

C'est ce qu'affirme Marc Van Uytven, qui occupe depuis juillet le poste de directeur pour le marché belge auprès du cabinet de consultance franco-ibérique Antares Consulting. Le moment était donc bien choisi pour faire connaissance.

Phase de transition

Pour mieux comprendre l'évolution de nos soins de santé, Marc Van Uytven renvoie tout d'abord au récent position paper d'Antares Consulting et ING sur les soins intégrés (1).

Il distingue dans les soins quatre grands acteurs : les patients, les dispensateurs/organisations, les pouvoirs publics/bailleurs de fonds et enfin les fournisseurs de technologies pharmaceutiques/médicales. En Belgique comme ailleurs, les soins de santé se trouvent actuellement dans une phase de transition. " Le pivot des soins est en train de se déplacer du médecin/de l'hôpital vers le patient. L'évolution ne se fait pas sans heurts, mais elle devrait permettre au final de parvenir à une organisation des soins qui soit davantage fondée sur la valeur. "

Le système actuel reste en effet fortement axé sur le paiement à la prestation et sur les " institutions ". Dans le futur, l'accent devra se déplacer vers une chaîne de soins intégrée et des paiements groupés, ce qui exigera un revirement complet, un véritable changement de paradigme. " Des trajectoires de soins evidence-based sont un point d'attention majeur. La collaboration revêt une importance cruciale, et les différents acteurs et équipements de soins fonctionnent comme des vases communicants ", souligne Marc Van Uytven.

Des compétences morcelées

Un certain nombre de conditions devront être remplies pour mener à bien ce revirement. Les activités des fournisseurs de soins devront davantage s'inscrire dans un continuum de soins intégrés et tous les acteurs devront collaborer d'une manière transparente et coordonnée, pour parvenir au final à ce que tout s'articule mieux autour de la prise en charge du patient.

Il est évidemment aussi important de mettre en place un mode de financement permettant de couvrir l'intégralité de la trajectoire de soins, ce qui impliquera une forfaitarisation (encore) plus poussée. Le caractère fortement institutionnalisé des soins de santé belges représente un autre obstacle à des soins réellement intégrés.

Au vu du morcellement des niveaux de compétences, Marc Van Uytven souligne que ces soins intégrés ne seront pas faciles à mettre en place dans notre pays. " Pourtant, c'est bien la voie que nous devrons emprunter pour parvenir à des soins de meilleure qualité. Le financement doit inciter à plus d'efficience et de collaboration au sein de la chaîne ; c'est un facteur de réussite critique. "

Prévention

Les patients doivent aussi être conscients que c'est à eux d'endosser la responsabilité de leur propre santé. " Tout le monde n'en est sans doute pas capable, mais la prévention n'en va pas moins énormément gagner en importance. " Ils peuvent être soutenus en cela par la technologie et l'innovation technologique ; des dispositifs d'aide peuvent par exemple contribuer à ce que les soins soient effectivement utilisés. " S'ajoute à cela que, dans le futur, l'administration des soins - la communication autour des symptômes, le suivi du traitement, etc. - sera possible sans forcément nécessiter de contact-patient physique ", souligne Marc Van Uytven. À cet égard, les nouveaux modes de collaboration (p.ex. via une télémédecine de qualité) représentent également une évolution importante.

L'innovation dans les processus sera également très importante à plus long terme, souligne Marc Van Uytven. " Nous devons tenter de faire des hôpitaux le lieu d'un "contrôle technique". L'hôpital devient de plus en plus une plateforme technologique, tandis que l'accent se déplace de plus en plus vers des soins administrés à domicile ou au sein d'autres structures. "

Standardisation

Accroître l'efficience des soins de santé nécessitera aussi davantage de standardisation. " Une action au niveau des hôpitaux individuels ne suffira pas ; les groupes et réseaux hospitaliers pourront réaliser des avancées beaucoup plus importantes à cet égard. " Ils ont déjà toutes les cartes en mains et auraient tout intérêt à anticiper.

" La variabilité dans les soins n'est pas une bonne chose pour les résultats ", souligne Marc Van Uytven. " Les hôpitaux vont devoir plancher en collaboration avec les médecins sur des approches innovantes et plus efficientes pour parvenir à des soins fondés sur la valeur. " Il souligne que les médecins ont un rôle important à jouer dans le développement des réseaux hospitaliers. " Cela ne change évidemment rien aux problèmes existants, mais il est très clair que cela ne marchera pas sans eux. Les membres des conseils médicaux devraient se former à la direction et au management. La refonte de la nomenclature actuellement en chantier est également une bonne chose. "

" La variabilité dans les soins n'est pas une bonne chose pour les résultats ", souligne Marc Van Uytven.
" La variabilité dans les soins n'est pas une bonne chose pour les résultats ", souligne Marc Van Uytven.

Pour Marc Van Uytven, un travail evidence-based va bien plus loin qu'une répartition des moyens financiers dans le cadre des soins à basse variabilité : cela implique également d'investir dans des aspects comme la sécurité des patients, la qualité, la prévention, le monitoring à distance... " Et les hôpitaux peuvent parfaitement le faire eux-mêmes, sans attendre les autorités. "

P4Q

La technologie représente une facette importante de la médecine, dont les aspects prédictifs, personnalisés, préventifs et participatifs ne peuvent se concevoir sans elle... le revers de la médaille étant que, à côté du vieillissement, environ un quart de l'augmentation du budget des soins est attribuable à la technologie, médicaments inclus. Marc Van Uytven est néanmoins convaincu que ces coûts peuvent être comprimés moyennant plus d'efficience. " Et des soins fondés sur la valeur revêtent à cet égard une grande importance. "

Il estime que les hôpitaux pourraient également développer eux-mêmes des initiatives sur ce plan plutôt que d'attendre que les autorités leur montrent la voie à suivre. " Ils ont une foule de leviers en main pour améliorer l'efficience de leur travail. Il serait par exemple possible de rationaliser les services de soutien au sein de l'établissement ou au niveau du réseau. "

Le core business d'un hôpital, c'est de dispenser des soins de qualité tout en évitant les infections, septicémies et complications. " Et c'est évidemment positif et précieux pour le patient... mais malheureusement, le système actuel ne finance pas ou guère la qualité. Parfois, c'est même tout le contraire ! Il faudrait donc y intégrer davantage le paiement à la performance (P4Q). "

Deux mondes

La collaboration est aussi capitale au niveau des technologies de communication médicale, à commencer par un dossier médical partagé accessible au patient. Malheureusement, là aussi, le morcellement des compétences représente un fâcheux obstacle. " Avec les Belgian Meaningful Use Criteria, le volet dédié au dossier-patient électronique dans le Budget des Moyens Financiers relève de l'échelon fédéral... alors que la première ligne est une compétence régionale. Le risque existe donc que les soins primaires et les hôpitaux deviennent deux mondes distincts qui ne communiquent pas assez, ce que le patient ne va évidemment pas comprendre. Là encore, c'est un obstacle à des soins intégrés. "

L'expert est aussi convaincu que les hôpitaux devraient participer à la réflexion sur la réorganisation de la première ligne. Ils sont en effet un partenaire important qui peut faire la différence, en particulier dans le contexte des réseaux, et ils ont donc un rôle à jouer. Il est toutefois très important que les soins soient réorganisés autour des flux de patients réels.

Pouvoirs publics

Il revient évidemment aux pouvoirs publics de soutenir et encourager les orientations souhaitées. Un certain nombre d'initiatives très positives ont été mises en place récemment à cet égard, estime encore Marc Van Uytven, qui mentionne notamment l'exemple du financement groupé dans les soins à basse variabilité et les expériences (limitées) de P4Q visant à honorer la qualité/les différences de qualité entre hôpitaux.

On peut aussi citer des mesures structurelles, dont les critères minimaux pour le traitement chirurgical de pathologies complexes comme les cancers du pancréas ou de l'oesophage - une façon de regrouper le savoir-faire et d'inciter les hôpitaux à mieux collaborer. Marc Van Uytven est convaincu que dans le futur, les réseaux hospitaliers en tant qu'entités juridiques pourront encore beaucoup élargir cette approche. Et de conclure : " Alors que la Belgique a longtemps été à la traîne pour les critères de résultats, elle évolue aujourd'hui dans le bon sens ".

(1) Antares Consulting, Health ProspectING2019. Comment favoriser l'intégration des soins ? Bruxelles : ING Belgique, 2019

Who's who ?

Avant de rejoindre Antares Consulting le 1er juillet 2019, Marc Van Uytven a occupé pendant six ans le poste de directeur général de l'hôpital OLV Aalst. Titulaire d'un master en sciences économiques appliquées (Universiteit Antwerpen) et d'un master en sciences hospitalières (Universiteit Leuven), il est actif depuis près de 30 ans dans la gestion hospitalière. Il est également bien rôdé à la gestion des services informatiques et a notamment suivi la formation " Innovation Health for tomorrow " à l'Insead. " Le fil rouge de ma carrière ? Les soins de santé, la collaboration entre structures de soins et les processus transformationnels, généralement inspirés d'un contexte international ", précise-t-il.

Le groupe franco-espagnol Antares Consulting emploie une soixantaine de personnes et est actif depuis 20 ans dans le secteur des soins de santé, au sens le plus large du terme. Il est présent non seulement en Espagne, mais également en France, au Portugal, en Suisse, en Belgique et en Amérique du Sud.

Antares Consulting se focalise sur les structures, mais sans se limiter aux hôpitaux aigus. Ses activités de conseil ciblent également les soins de santé mentale, les soins aux personnes âgées, les soins à domicile, les pouvoirs publics, etc. Le bureau travaille habituellement dans un contexte international, ce qui facilite évidemment les comparaisons. Son objectif est d'accroître l'efficience opérationnelle. Antares s'attache aussi à analyser le cadre stratégique des établissements de soins en concertation avec les personnes qui y travaillent. " Développer les connaissances et renforcer les gens sont pour nous des notions-clés ", souligne Marc Van Uytven.

Antares soutient et aide également les start-ups à préparer leurs produits pour le marché. " Nous leur proposons des analyses de rentabilisation qui permettront à l'innovation de faire son chemin dans nos structures rigides, qui représentent parfois un obstacle tel que certaines entreprises quittent le pays ", souligne Marc Van Uytven. Antares Consulting joue un rôle de facilitateur de l'écosystème afin de permettre aux innovations de prendre pied. " Pour pouvoir développer une plateforme d'innovation, nous partons d'une échelle de trois fois 500.000 habitants, soit trois fois un réseau hospitalier. "

Antares Consulting est présent depuis 15 ans dans notre pays et plus particulièrement en Wallonie, à Bruxelles et dans la communauté germanophone, où il conseille les pouvoirs publics sur l'organisation des soins. Son président, Eduard Portella, est bien connu pour son expertise par les dirigeants hospitaliers belges. Avec l'arrivée de Marc Van Uytven, le groupe entend se profiler davantage à l'échelon national et flamand. Son objectif est également de développer de nouvelles formes de collaboration. Antares Consulting rédige notamment chaque année un position paper en collaboration avec ING. Le dernier en date concerne les soins intégrés. Le nom d'Antares, qui est aussi celui de la plus grande étoile de la constellation du scorpion, est aujourd'hui synonyme de fil conducteur stratégique.

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