L'hôpital va-t-il gagner en autonomie ?

Le secteur hospitalier se plaint régulièrement de devoir réagir rapidement à des mesures, entre autres d'économie, dictées par les autorités fédérales et d'être contraint par de nombreuses réglementations. Et de réclamer une plus grande marge de manoeuvre et une vision à long terme. Est-ce que l'hôpital du futur aura une plus grande autonomie ?
Six participants à l'étude qualitative menée par Akkanto pour le compte de Xperthis estiment que la situation ne va pas changer dans les prochaines années. Six autres estiment que la situation va s'aggraver et que les hôpitaux vont perdre en autonomie. Deux interviewés sont plus optimistes (voir graphique). " Il ne faut pas vouloir piloter, il faut encadrer. Cela donnera plus de liberté aux gestionnaires d'hôpitaux et augmentera l'accessibilité et la qualité des soins ", conseille un intervenant. " Il faudra passer par moins d'autonomie, pour arriver à plus ", estime un autre. " Nous avons de l'autonomie mais elle est étranglée financièrement, donc, dans les faits, on en a pas ", constate amèrement un intervenant.

L'autonomie de l'hôpital est fondamentale mais elle restreinte par une série de facteurs contraignants. Le panel en a listé une série : le financement, le choix d'opérer en réseaux hospitaliers, la nécessaire concertation entre les différents acteurs pour créer un continuum de soins, la multiplication des niveaux de pouvoir et de réglementation, le statut des médecins et mécanisme des rétrocessions.
Les avantages et désavantages des forfaits
L'introduction de forfaits, par exemple via le mécanisme du financement des soins à base variabilité (lire en page 6), peut également réduire l'autonomie des hôpitaux. Pour les interviewés, cette évolution est positive mais elle entraîne aussi des risques réels. Il est en effet plus facile pour les autorités de réduire les forfaits importants que d'intervenir sur des actes individuels.
Selon un interlocuteur institutionnel, plusieurs éléments pourraient augmenter l'autonomie de l'hôpital. D'abord, l'évolution d'un financement par prestation vers un financement basé sur les résultats. Ensuite, la fixation d'une enveloppe budgétaire fermée qui permettrait à l'hôpital de poser ses propres choix. Enfin, le fait que les autorités vont à l'avenir se concentrer sur la planification (nombre d'appareil et de centres) et sur les résultats à atteindre mais que les hôpitaux auront plus d'autonomie pour décider comment ils vont y parvenir.
Par ailleurs, quand l'hôpital aura appris à fonction de façon plus efficace et moins en silos, il gagnera en autonomie.
" Si on se digitalise pas, on meurt "
La digitalisation des soins de santé favorise-t-elle un meilleur fonctionnement des hôpitaux et des réseaux hospitaliers ? Une question qui paraît bien légitime lorsque l'on connaît les budgets que les institutions de soins doivent investir afin de disposer des outils informatiques les plus performants.
La majorité des répondants à l'enquête qualitative de Xperthis estime que la digitalisation améliore le fonctionnement des hôpitaux. Six intervenants sur quinze en sont particulièrement convaincus puisqu'ils ont attribué la plus grande valeur (5) à cette assertion (voir graphique ci-dessous).
" Il faut des bons outils car actuellement l'informatique nous demande plus de temps qu'avant la digitalisation ", constate un participant. " Il faut une volonté de la hiérarchie pour faire aboutir un projet de digitalisation. En tout cas on n'a pas le choix. Si on se digitalise pas, on meurt ", prévient un intervenant.
Plusieurs interlocuteurs cadrent cette digitalisation : " d'abord réfléchir et puis digitaliser ", " la digitalisation c'est du marketing ". L'approche doit donc être intégrée et intelligente. Il ne faut pas surestimer la digitalisation. On ne peut digitaliser que si le processus est au point. Pour les personnes interviewées, les institutions doivent éviter de tomber dans le piège de la fausse innovation.
Shift de compétences
L'hôpital de demain aura besoin de collaborateurs qui auront des profils différents que ceux qui y travaillent déjà.
On le sait, les hôpitaux sont des employeurs importants qui emploient déjà actuellement une centaine de profils différents (du médecin à l'ingénieur de gestion en passant par le technicien de surface, le cuisinier, le gardien, le pharmacien...).
Pour les personnes interviewées, il faudra trouver à l'avenir, par ordre décroissant de besoin, des profils informatiques, financiers, RH, de communication et de gestion. " Ce ne seront pas tellement d'autres personnes mais surtout d'autres compétences dont nous aurons besoin ", explique un intervenant. " Dans l'hôpital du futur nous aurons des fonctions dont nous ne connaissons pas encore l'existence aujourd'hui ", prévient un expert.
Au niveau de la politique des ressources humaines, deux visions se dégagent dans le panel.
La première est la volonté d'externaliser ce qui peut l'être pour réduire les coûts. Il faudrait garder en interne les métiers médicaux et les visionnaires, les leaders, les stratèges.
La deuxième est de favoriser un changement des compétences en conservant les mêmes personnes. " Le médecin devra s'adapter notamment à la technologie et à l'informatique. Il faudra toujours des médecins et des infirmiers, mais ils devront développer des compétences en IT, communication, RH... " Un vision qui devrait rassurer Jacques de Toeuf, président honoraire de l'Absym, qui a l'habitude de dire avec humour qu' " un hôpital sans médecin est une maison de repos ".
