Un projet médical fort pour le CHU Tivoli

Le CHU Tivoli est désormais dirigé par deux médecins. Pietro Scillia et Roxane Rossignol viennent d'être nommés respectivement directeur général et directrice médicale de l'hôpital de La Louvière. Ce nouveau tandem livre ses projets et ambitions au JM Hospitals.
Le JM Hospitals: Est-ce la première fois que les directions générale et médicale du CHU Tivoli sont assurées par deux médecins? Est-ce un atout pour une institution hospitalière?
Roxane Rossignol: Tout à fait. Dans mon cas, la nomination du Dr Scillia à la direction générale a pesé dans la balance dans ma décision d'accepter ma fonction de directrice médicale et de médecin-chef. Certaines recommandations mettent en évidence l'intérêt de la gouvernance des hôpitaux par des médecins parce qu'ils ont la connaissance du terrain.
Pietro Scillia: Avant de devenir directeur général, j'ai été directeur médical et médecin-chef de l'hôpital. Pourquoi le CA a-t-il voulu que ce soit un médecin qui dirige notre hôpital? Parce que nous voulons recentrer notre développement sur notre projet médical. C'est une tendance de fond dans le secteur hospitalier. Le core business d'un hôpital est de soigner la population.
Comptez-vous ouvrir de nouveaux services médicaux et proposer des technologies dont vous ne disposez pas actuellement?
Pietro Scillia: Notre force est d'être à la fois un hôpital universitaire et un hôpital général. Nous proposons déjà de nombreux services, sauf certaines activités médicales très pointues réservées à un nombre limité de centres.
Roxane Rossignol: L'idéal, pour nos médecins, serait d'avoir tous les services médicaux sous un même toit, mais ce n'est pas réaliste dans le cadre des réseaux hospitaliers. L'objectif des autorités est de rationaliser l'offre médicale.
Nous avons déjà quelques pôles d'excellence: notre pôle mère-enfant, la polyclinique de l'enfant et notre canceropôle. Nous sommes très fiers de ces projets. Doit-on viser un développement suprarégional ou développer un projet médical de qualité qui répond aux besoins réels de la population? C'est tout le défi des prochaines années.
Éviter la démesure
Le CHU Tivoli fait-il toujours partie du réseau hospitalier loco-régional Helora?
Roxane Rossignol: Pour recontextualiser notre position, deux asbl ont été créées dans le cadre de ce réseau: l'association Réseau Helora qui répond aux prescrits légaux édictés par Maggie De Block et l'association Gestion intégrée dont la volonté était d'arriver à très court terme à une fusion entre les trois partenaires: le CHU Ambroise Paré, le Groupe Jolimont et le CHU Tivoli. C'est de cette dernière association que notre hôpital a décidé de se retirer. C'est une décision transitoire. Notre volonté n'est pas de couper court à tous les projets. Nous voulions avoir des garanties sur la viabilité financière du projet intégré et disposer d'un projet cohérent et chiffré au niveau notamment des infrastructures. Nous ne voulions pas nous lancer tête baissée dans un projet démesuré.
Pietro Scillia: "Le tempo qui était voulu par les autres partenaires était beaucoup trop rapide pour nous. Nous pensons qu'il faut du temps pour réaliser une fusion.
Vous avez préféré jouer la sécurité?
Roxane Rossignol: Nous n'avons pas voulu nous exposer pour les prochaines années. D'autant plus que nous allons mettre notre nouvelle aile Coeur du Hainaut en exploitation sur notre site. Nous désirons tout de même avancer dans le projet médical du réseau. Nous avons déjà de nombreuses collaborations avec le Groupe Jolimont sur La Louvière et nous comptons les renforcer.
Pietro Scillia: Dans le projet de Gestion intégrée Helora, la volonté était d'arriver très vite à mettre sur pied une gouvernance commune pour tous les hôpitaux sur Mons, La Louvière, Nivelles, Warquignies et Lobbes. Nous avons trouvé que ce modèle n'était pas efficace, d'autant plus qu'il est totalement inédit en Belgique. Le tempo qui était voulu par les autres partenaires était beaucoup trop rapide pour nous. Nous pensons qu'il faut du temps pour réaliser une fusion. Nous sommes par contre favorables au développement d'activités communes parce que, au final, il serait logique de n'avoir qu'un seul hôpital à La Louvière.
Il est aussi important de garder une gouvernance locale. On ne peut pas diriger des hôpitaux à distance. Il faut être sur le terrain. Ce n'est pas une critique, mais nous avons une vision différente de la gouvernance.
"Nous devons affronter un choc économique"
Comment se porte financièrement le CHU Tivoli dans le contexte actuel d'augmentation des salaires du personnel et des coûts énergétiques?
Pietro Scillia: Depuis 2009, époque où l'hôpital a eu d'importants soucis financiers, le CHU Tivoli a comblé son déficit et est repassé à l'équilibre. Au départ l'hôpital s'est construit sur l'endettement parce qu'il n'y a pas eu un apport financier de base. Le rétablissement, opéré par, entre autres, mon prédécesseur Jean-Claude Dormont, nous a permis de pouvoir solliciter des emprunts auprès des banques pour financer nos projets. Les médecins ont également participé financièrement à l'effort grâce à la mise en place d'un système de cogestion.
Roxane Rossignol: Nous avons un comité paritaire de gestion qui prend de façon collégiale de nombreuses décisions, dont les investissements importants, le travail en réseau, les projets institutionnels... Cette démarche est structurée et les médecins y adhèrent.
Pietro Scillia: Le résultat financier de 2021 était très bon. Pour cette année, nous sommes prêts à affronter un choc économique. Mais l'envol à ces sommets des prix de l'énergie n'était pas prévisible. Et, comme pour tous les hôpitaux, la marge financière reste faible, c'est un véritable challenge qui nous attend dans les mois à venir. J'ai rappelé lors d'un récent comité de gestion que nous devons viser l'équilibre financier dans tous nos services. Si le prix de l'énergie continue à grimper, il faudra tout de même que le ministre Frank Vandenbroucke aide davantage les hôpitaux (80 millions d'euros ont été débloqués à cette fin dans le budget 2023 des soins de santé, ndlr).
L'indexation des salaires et le décalage avec l'indexation des honoraires sont l'autre grand problème auquel les hôpitaux doivent aujourd'hui faire face. L'écart entre les deux est trop important. Le ministre Frank Vandenbroucke a promis de se pencher sur la question. On va voir ce que cela va donner concrètement. D'autant plus que, malgré les promesses, la norme de croissance du budget des soins de santé va diminuer de 2,5% en 2002 et 2023 à 2% en 2024.