Les médecins ne sont pas des comptables
Anne Gillet, MG à Bruxelles et vice-présidente du GBO, ne veut pas que le médecin traitant obère sa dimension de soignant au profit d'une logique économique aveugle. Illustration avec les Bf a priori.
La démonstration d'Anne Gillet commence par une anecdote dramatique : " Une patiente de 80 ans est mise sous Keppra lors de sa dernière hospitalisation ayant duré un mois et demi pour crise d'épilepsie sous Dépakine. A sa sortie d'hôpital, le neurologue hospitalier a oublié de remplir le formulaire adéquat pour l'obtention du remboursement en ambulatoire. La patiente n'obtient pas son traitement en pharmacie, le MG demande au service infirmier de la maison de repos où séjourne la patiente d'en avertir le médecin spécialiste hospitalier, ne pouvant remplir lui?même le formulaire malgré le rapport d'hospitalisation explicite en sa possession... entre?temps, la patiente, suite à l'arrêt brutal du traitement a refait une crise d'épilepsie avec hémorragie cérébrale... "
L'exemple de cette patiente illustre les chemins tortueux où nous mène la complexité administrative croissante. " L'unique objectif de la mise en chapitre IV des médicaments les plus chers est un souci économique ", explique Anne Gillet. Elle en accepte l'augure et soutient " la lutte contre la flambée des dépenses pharmaceutiques ". Mais, la maîtrise du budget, c'est avant tout la maîtrise des prix. Le médecin peut faire un effort sur le volume, mais si les prix de certains médicaments sont " démentiels " (sic), pourquoi ne pas permettre la prescription en unidose ? Gillet cite l'exemple de la cystite sans complication pour lesquelles les RBP proposent 9cos de Furadantine, la boîte en contenant, elle, pas moins de 50...
Commentaire de la syndicaliste : " L'acceptation de nous associer à la lutte contre la flambée des dépenses de médicaments ne peut en aucun cas handicaper notre travail du point de vue de la qualité des soins et de leur accessibilité. " Ceci " guide toutes nos réflexions ".
Obligation de renvoi
Gillet accepte également la logique du chapitre IV réservé aux thérapies les plus chères, mais elle demande une cohérence dans la politique de remboursement. Autrement dit " c'est bien l'avis spécialisé qui importe non le prestataire qui remplit le formulaire et c'est bien le contenu de la demande qui importe, non la dimension du formulaire ".
Elle demande donc l'annulation de l'obligation de renvoi vers le spécialiste pour l'obtention du formulaire adéquat. Ce renvoi lui paraît " une aberration étant donné la difficile accessibilité de la médecine spécialisée et son coût ".
Le Dr Gillet demande en outre que les MG soient informés des modifications réglementaires par le biais des pouvoirs publics et non via les délégués des firmes pharmaceutiques puisque " de plus en plus de MG ne reçoivent plus ces délégués pour préserver leur liberté de pensée ".
Une solution : intégrer dans la CRM (Commission de remboursement du médicament) un groupe de prestataires de terrain. Ils donneraient leur avis sur la viabilité pratique de certaines dispositions pour la médecine de terrain.
" Nous réaffirmons également notre préférence pour le chapitre II qui correspond mieux à la flexibilité indispensable au travail de qualité sur le terrain ", conclut le Dr Gillet.