Prédiabète ou diabète récent : les oméga-3 réduisent les TG mais demeurent neutres sur la mortalité cardiovasculaire
Chez des patients à haut risque cardiovasculaire, prédiabétiques ou présentant un diabète de type 2 récemment diagnostiqué, l'administration quotidienne de 1 g d'acides gras de type oméga-3, durant plus de 6 ans, se révèle neutre en termes de diminution de la mortalité cardiovasculaire, de survenue d'événements cardiovasculaires majeurs ou de décès par arythmies par rapport au placebo.
Cependant, il est intéressant de noter que, sur le plan métabolique, les oméga-3 permettent une diminution significative du taux de triglycérides, un facteur de risque cardiaque important et particulièrement fréquent chez le sujet diabétique. Tels sont les résultats du bras oméga-3 de l'étude ORIGIN présentés lors du congrès 2012 de l' American Diabetes Association (ADA) à Philadelphie. Plusieurs hypothèses pourraient, selon les experts, expliquer cette neutralité en contradiction avec les effets bénéfiques observés lors d'études antérieures dont GISSI-Prevenzione.
Mortalité et événements cardiaques : neutralité stricte
Très attendue, l'étude ORIGIN a recruté, dans 573 centres de 40 pays, 12.537 patients prédiabétiques (12 %), diabétiques récents (6 %) ou diabétiques de type 2 dont l'affection était diagnostiquée depuis moins de 5,5 ans avant l'inclusion dans l'étude (82 %). De plus, les patients inclus étaient tous à haut risque cardiovasculaire présentant, soit des antécédents d'infarctus, AVC, revascularisation coronaire ou angor instable, soit des facteurs de risque tels que protéinurie, HVG ou sténose artérielle périphérique importante. Ces patients ont reçu, soit une dose quotidienne de 1 g d'acides gras oméga-3, soit un placebo. Après 6,2 ans de suivi moyen, on ne constate aucune différence intergroupe pour le critère d'évaluation primaire, la mortalité d'origine cardiovasculaire. Même neutralité pour la mortalité toutes causes, la mortalité par arythmie cardiaque ou la survenue d'événements cardiaques majeurs (infarctus, AVC) qui constituaient les critères d'évaluation secondaire. Pour les investigateurs, la conclusion est donc que l'administration quotidienne de 1g d'oméga-3 n'a ni effets positifs, ni effets négatifs sur la mortalité et la survenue d'événements cardiovasculaires majeurs chez des sujets prédiabétiques ou diabétiques récents.
Impact métabolique bénéfique
Par contre, on note des effets significativement positifs de l'administration de 1 g d'oméga-3 sur le plan métabolique. En effet, les oméga-3 offrent une réduction significative du taux des triglycériques, une anomalie lipidique très fréquente et à risque chez les sujets diabétiques. Ainsi, le taux de triglycérides diminue de 23,5 mg/dl dans le groupe traité pour seulement 9 mg/dl dans le groupe placebo. Concernant les autres composantes du bilan lipidique, LDL et HDL, on ne note aucune différence.
Discordances
Lors de la discussion qui a suivi la présentation de l'étude ORIGIN, les investigateurs ont mis l'étude en perspective avec de précédentes études telles que GISSI-P en post infarctus récent qui montrait une diminution significative du risque de mortalité cardiovasculaire (-30 %), de mortalité toutes causes (-21 %) et de la mort subite (-44 %) ou GISSI-HF qui atteste d'une réduction significative de la mortalité toutes causes. Autre étude intéressante, JELIS, qui montre une diminution significative, en prévention secondaire, des événements cardiovasculaires majeurs. Sans oublier une très récente méta-analyse de Kwak dans Annals of Internal Medicine qui, sur une revue de 11 études marquantes, montre une réduction de 9 % du risque de mortalité cardiovasculaire.
Hypothèses
Pour tenter d'expliquer ces différences, les experts avancent trois hypothèses. D'abord, les patients d'ORIGIN ont bénéficié d'un excellent traitement médical d'appoint ce qui réduit d'autant le risque de mortalité, d'arythmies ou de nouveaux événements cardiaques. Ensuite, l'apport journalier en oméga-3 via l'alimentation semble plus important dans ces études que dans ORIGIN (210 mg/j en moyenne). Enfin, dans certaines études, les patients avaient présenté un infarctus récent (< 3 mois) ce qui laisse supposer que, plus à risque d'arythmies ou de nouveaux événements, ils tirent davantage de bénéfices de l'effet protecteur, notamment antiarythmique des oméga-3.Référence : The ORIGIN Trial Investigators. N Engl J Med 2012 ; 367 : 309-318