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Régénération nerveuse du greffon facial

Il y a sept ans, fin novembre 2005, pour la première fois une patiente gravement défigurée par la morsure d'un chien se réappropriait subjectivement un visage qui n'était pas le sien originellement, avant de le réintégrer véritablement dans son schéma corporel. Ce que le professeur Lengelé et ses collègues d'Amiens firent à l'époque était non seulement fondamentalement nouveau, mais aussi transgressif en travaillant sur l'identité faciale et humaine, aux frontières de la vie.

Thierry Goorden - 12 octobre 2012

Il ne s'agissait pas seulement de reconstruire une continuité vasculaire pour que le greffon survive : c'était bien sûr la condition sine qua non. Dans notre esprit, insiste-t-il, il fallait surtout que le transplant facial soit neural, c'est-à-dire qu'il soit à la fois moteur et sensible. Soit un interface autonome, singulier et fonctionnel avec le milieu extérieur, capable de percevoir le soi et le non-soi, capable aussi d'exprimer en interaction avec l'autre, ses sentiments par la gestuelle délicate de l'expression faciale ".

Reprise progressive

Ensemble, ils mesurèrent toute l'importance de leur geste, en termes résolument éthiques et humains, tout en anticipant pleinement les nombreuses incertitudes biologiques qui accompagnaient cette intervention : en définitive, en effet, avant cette première nul ne savait si le greffon allait survivre, ne pas être rejeté immunologiquement, ni s'il n'allait pas subir, sur le plan neurosensoriel, un déni psychologique et cognitif. " Nous avons commencé par étudier chez notre patiente, dans un premier temps, la déstructuration de schéma corporel cortical, liée à sa défiguration et ainsi à la perte d'expression motrice de son visage et de son interface sensitif avec le milieu extérieur. En IRM cérébrale fonctionnelle, nous avons pu observer progressivement l'image de l'aire faciale se rétrécir jusqu'à disparaître pratiquement totalement dans toute l'aire corticale dévolue à la partie inférieure du visage. Ensuite, la greffe réalisée, nous avons aussi vu ce stigmate moteur et sensible existant sur le cortex rolandique inférieur se restaurer progressivement ".

Structure segmentaire

Sur base de ses travaux d'embryologie, travaillant de longue date sur la face, Benoît Lengelé avait montré dans sa thèse que le visage humain est une émanation du cerveau. À l'origine, des cellules issues des crêtes neurales céphaliques quittent en effet le cerveau de l'embryon et viennent coloniser les différents bourgeons de la face, donnant naissance aux structures squelettiques en relation avec les ectomères cutanés. Le visage est ainsi ontogéniquement en relation neurale et permanente avec le cerveau, par l'intermédiaire des nerfs crâniens. Dans son esprit, le visage n'a donc jamais été une entité unique mais une structure segmentaire, et sa segmentation est neurologique et neuro-embryologique.

Interaction neuronale

Bien que l'intervention apportât d'emblée les preuves tangibles d'une amélioration significative à la qualité de vie de la patiente, l'équipe franco-belge préféra la qualifier d'allogreffe partielle de la face plutôt que de greffe de visage. " Nous avions très peur en fait d'effrayer le monde avec une dénomination aussi radicale. D'abord parce qu'il ne s'agissait pas d'une greffe complète de visage. Et l'appeler ainsi ne nous semblait dès lors pas être correct sur le plan sémantique. Par ailleurs, nous ignorions si le greffon facial à proprement parler allait redevenir un visage à part entière, c'est-à-dire devenir une entité autonome, individuelle, singulière, à nouveau en interaction neurale avec le milieu extérieur. Telles étaient en effet les conditions qui nous semblaient requises pour consolider le succès d'une greffe de visage. En fin de compte, c'est la collecte de nos résultats qui nous a permis de montrer que c'était effectivement, à part entière une greffe de visage ".

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