Agir... oui mais comment ?
Dans la maladie d'Alzheimer, toutes les pistes sont explorées. Entre l'intervention pharmacologique, la non pharmacologique, l'approche comportementale, nutritionnelle ou la modification des facteurs de risque, quelles sont les chances de succès ?
Un grand nombre d'observations ont permis d'établir une liste des facteurs de risques qui pourraient être à l'origine du déclenchement de la maladie dont notamment l'hypertension, le diabète, l'obésité, l'hypercholestérolémie, la dépression. Mais d'autres sont plus étroitement liés au mode de vie comme les habitudes alimentaires, l'exercice physique, le niveau d'études etc. En partant de ce lien, des modèles mathématiques ont révélé que 19 % des cas d'Alzheimer dans le monde pouvaient être imputés au faible niveau d'instruction, 14 % au tabagisme, 13 % à l'inactivité physique, 11 % à la dépression, 5 % à l'hypertension, 2 % à l'obésité, 2 % au diabète. En poussant le raisonnement plus loin, certains experts affirment qu'il serait possible de réduire de moitié le nombre de patients atteints en modifiant seulement le mode de vie. C'est une idée plus que séduisante car une réduction de 25 % des facteurs de risque éviterait trois millions de cas d'Alzheimer dans le monde toujours selon le modèle mathématique mis en place. Mais ces données sont très partielles et devront être confirmées par des études de population de grande envergure. La conclusion est qu'on ne risque rien à essayer...
Beaucoup d'appelés, peu d'élus !
Une multitude d'essais cliniques ont eu lieu ou sont en cours pour le traitement médicamenteux de la maladie d'Alzheimer. Les cibles sont l'inflammation (anti-oxydants, AINS), l'accumulation des plaques amyloïdes (immunothérapie, vaccination, anti-oxydants, inhibiteurs de sécrétase), la phosphorylation de la protéine tau (inhibiteurs de kinase), la déficience cholinergique (inhibiteurs de cholinestérase), le stress oxydatif (anti-oxydants), le déséquilibre hormonal (insuline, oestrogènes) etc. À ce jour, 4 molécules sont en phase IV et reconnues, le donépézil, la rivastigmine, la galantamine et la mémantine. Huit sont en phase III dont les inattendues Ig et statines à côté du bapineuzumab, du solanezumab, des anti-oxydants et même de la vitamine D. Vingt produits sont en phase II et 27 au stade pré-clinique. En tout, près de 65 molécules sont dans la course, signe du dynamisme de la recherche. Mais le coeur n'y est pas. Des essais cliniques sont régulièrement arrêtés pour manque d'efficacité comme la latrepirdine testée dans des formes légères à modérées de la maladie. Fort heureusement, d'autres marquent des points comme le bexarotène, prescrit dans le lymphome cutané à cellules T et qui pourrait empêcher l'agrégation des peptides anormaux bêta-amyloïdes. Sur un modèle murin de maladie d'Alzheimer1, cet anticancéreux fait disparaître jusqu'à 75 % des plaques bêta-amyloïdes et permet de récupérer des fonctions cognitives. À signaler aussi la piste vaccinale via le complexe majeur d'histocompatibilité et des résultats contrastés pour le solanezumab dans le traitement de patients atteints par des formes légères à modérées de la maladie d'Alzheimer (NMSE 18-26, GDS 3-4, ODR 0,5-1).
L'intérêt du non pharmacologique
L'idée n'est pas neuve mais elle reste intéressante dans la mesure où l'on a montré que les personnes atteintes de la maladie pouvaient présenter des carences nutritionnelles. Des travaux ont notamment porté sur le statut en vitamines, en acides gras, etc. amenant à l'idée que des suppléments pourraient être efficaces. Une étude2 a montré les interactions entre les acides gras et les anti-oxydants versus le génotype APOE4 avec respectivement un OR= 0,50 et 1,70 chez tous les patients inclus versus 0,28 et 2,60 chez les porteurs du gène. La consommation d'alcool est également ciblée avec un OR qui passe de 1,48 à 7,1 chez les sujets porteurs. Une étude sur 74 patients atteints de troubles légers a révélé une concentration sérique en vitamine C et en bêta-carotène significativement plus faible que chez des témoins sains. Le cholestérol est aussi ciblé en raison du fait que des déficits de production de cholestérol peuvent être à l'origine des dépôts de peptides amyloïdes ß, amenant à considérer la prise de statines. Dans l'étude Lipididiet, une alimentation riche en oméga-3 permet de limiter les effets du gène APOE4. Mais une des pistes les plus intéressantes semble être celle qui fait appel à cette notion que l'Alzheimer est d'abord une perte de synapses liée à une dégénérescence des membranes neuronales. En supplémentant en précurseurs des membranes, il serait théoriquement possible de freiner cette perte neuronale d'autant que des altérations membranaires ont effectivement été détectées chez des patients avec une maladie d'Alzheimer.