Schizophrénie : individualiser le risque
Evaluer le risque suicidaire d'une personne est une gageure. Lorsque celle-ci est atteinte d'un trouble psychiatrique comme la schizophrénie, l'approche doit être à la fois prudente afin d'individualiser le traitement et agressive afin de réduire le passage à l'acte.
Le suicide, comme l'a rappelé Philippe Courtet, concerne environ 1 million d'individus par an dans le monde. Le risque de passage à l'acte augmente nettement avec l'existence d'une maladie psychiatrique sous-jacente. Or, les connaissances à ce sujet semblent bien établies : un rapide sondage auprès des 350 personnes se trouvant dans la salle au moment de cette présentation montre que 56,7 % estiment que le traitement des troubles psychiatriques permet de réduire la mortalité due au suicide. Toute la question est développée par Mark Taylor (Edinburgh, UK). Ce dernier a mené une étude en Ecosse tentant d'évaluer année après année par groupe d'âge le risque de suicide de chacun.
Sexisme !
Il apparaît que ce sont les 25 - 44 ans suivis par les 45 - 64 ans qui attentent le plus souvent à leur vie. Il existe des variations au fil des ans dans un groupe donné, mais les chiffres restent relativement constants sur l'ensemble. " Il est absolument impressionnant de noter la grande différence qui existe entre les hommes et les femmes en ce qui concerne la dépression ", précise le spécialiste écossais. Toutefois, n'oublions pas qu'en chiffres absolus, les hommes se suicident deux fois plus que les femmes. Selon la même étude, il s'écoule souvent plus de 5 ans entre la première tentative et le moment du suicide proprement dit.
Traiter à tout prix !
En fait, cela dépend beaucoup du patient et de sa compliance. Le risque de décès chez les patients schizophrènes non traités est globalement de 12,3 % alors que le risque de suicide est de 37,4 %. " De fait, une étude parue en 2005 montrait que la faible adhérence au traitement multiplie par 3,75 le risque de suicide. " Dans une revue de la littérature que Mark Taylor a fait paraître en 20101, la dépression, l'anxiété, les symptômes positifs liés à la maladie sont des facteurs de risque majeurs tout comme l'est une tentative de suicide passée. A contrario, si l'on regarde les facteurs protecteurs, le traitement par clozapine apparaît comme réellement protecteur tout comme la foi religieuse essentiellement catholique et juive.