Plaidoyer pour la reconnaissance, la remédiation et la prévention des abus sexuels
Dans la foulée des révélations du psychiatre et psychothérapeute Walter Vandereycken, qui a avoué avoir eu pendant 20 ans des rapports sexuels illicites avec des patientes, Joris Vandenberghe et Geert Dom*, respectivement administrateur et président de la Vlaamse Vereniging voor Psychiatrie, ont rédigé la carte blanche ci-dessous au nom de leur association.
La Journée Internationale de la Santé Mentale du 10 octobre 2012 a été assombrie par l'annonce d'abus de pouvoir, d'abus sexuels et d'autres comportements inacceptables survenus dans notre secteur. C'est tout à fait à raison que Terzake, le programme d'actualité de la VRT, a attiré l'attention sur cette problématique le 9 octobre dernier. Le risque de tels abus de pouvoir existe dans tout rapport de force ou relation asymétrique, et le secteur des soins de santé mentale, dépositaire de la confiance des patients à un moment particulièrement difficile de leur existence, n'échappe pas à cette réalité.
Un pas trop difficile à franchir
Lorsque ces victimes se décident à rompre le silence, il est encore trop fréquent qu'elles ne soient pas suffisamment écoutées. Il existe au niveau de l'Ordre des Médecins un manque de transparence dans le traitement des plaintes et de réelles lacunes en termes de suivi, d'implication et de reconnaissance des plaignants, et le pas vers la justice est souvent (trop) difficile à sauter. C'est la raison pour laquelle les directions hospitalières et les médecins-chefs doivent prendre toutes les plaintes au sérieux et veiller à y donner suite. Les médiateurs ou services de médiation peuvent servir de premier point de contact pour les victimes, mais ils ne peuvent se substituer à une expertise et à un accompagnement spécifique. Bien qu'elle soit encore peu connue, la ligne 1712 " abus, violence et maltraitance d'enfants " [mise en place par la Communauté flamande, NdT] est une initiative prometteuse, une main tendue aux victimes qui peut contribuer à les informer et à les accompagner dans leurs démarches ultérieures : reconnaissance, aide et soutien, cessation des abus, médiation en réparation, dédommagement et éventuellement procédure civile ou pénale. En tant que groupe professionnel, nous soutenons pleinement ce projet et nous souhaitons contribuer à un climat d'ouverture et de transparence où les plaintes et les plaignants soient pris au sérieux.
Regrets
La déontologie élaborée par l'Ordre des Médecins, les codes internes et l'éthique personnelle de tout praticien sont des éléments indispensables mais pas suffisants. La conscience n'est en effet pas un guide infaillible et, si les règles et les codes peuvent cristalliser un certain nombre d'interdits évidents, ils ne sont pas toujours à même de prévenir des conduites qui dépassent parfois les limites de l'acceptable de manière beaucoup plus subtile. N'oublions pas que, dans le contexte de confidentialité qui caractérise la relation médecin-patient, cette frontière est parfois très difficile à cerner et à respecter. Le patient peut-il appeler le prestataire par son prénom ? Lui envoyer des e-mails ? Lui téléphoner ? Comment se comporter en cas de rencontre fortuite en-dehors du cadre des soins ? Il s'agit là d'une problématique qui demande mûre réflexion et qu'il est crucial de pouvoir soumettre à l'appréciation de ses pairs ou de son équipe. Le travail en groupe et le recours systématique à l'intervision ou à la supervision peuvent donc avoir un effet préventif, du moins à condition de s'inscrire dans un climat d'ouverture où les difficultés qui se présentent peuvent être abordées en toute confiance. Donner une place à des experts du vécu pourrait également contribuer à éviter les problèmes d'abus de pouvoir ; cette forme de participation des patients implique qu'une personne qui a elle-même été victime soit intégrée à l'équipe en tant que membre à part entière. Cette approche fait partie des réformes actuellement en cours dans le secteur de la santé mentale.