Trouble bipolaire : mieux vaut commencer tard
Il est assez difficile de présager de l'évolution d'un trouble bipolaire. Il semble néanmoins qu'il existe au cours de la vie trois grandes périodes de vulnérabilité à cette affection. Et qu'un début de manifestations soit suggestif d'un plus grand nombre d'épisodes dépressifs dans l'évolution ultérieure.
On ne comprend pas encore très bien l'étiologie du trouble bipolaire et les études visant à mettre en évidence d'éventuels facteurs génétiques de susceptibilité se sont heurtées à des difficultés en raison de la grande hétérogénéité phénotypique de ce trouble. On est toutefois parvenu dans ce domaine des phénotypes à un groupage des patients selon l'âge de début des manifestations cliniques. Mais la plupart des arguments en faveur d'un tel groupage résultent d'observations de séries de patients. Par ailleurs, il semble que l'évolution du trouble bipolaire soit différente selon le groupe. Trois ensembles de patients ont ainsi été déterminés : les plus jeunes commencent leur maladie à l'âge moyen de 16 à 19 ans, un groupe intermédiaire étant atteint pour la première fois vers 24 à 28 ans et les plus âgés forment un troisième groupe, avec des manifestations qui prennent cours à partir de 32 à 46 ans.
Dix-sept ans de suivi
Pour vérifier cette répartition, Coryell et al. (USA) ont mis sur pied une étude prospective, ce qui n'avait pas encore été réalisé très souvent. Ils ont comparé un groupe de patients du groupe d'âge le plus jeune à ceux du groupe le plus âgé. Il y avait au total 427 personnes pour les deux groupes observés. En excluant ceux qui avaient moins de six mois de suivi, ils ont observé les autres pendant une durée moyenne de 17 ans et certains patients furent même observés pendant 25 ans, avec une visite de contrôle tous les six mois pendant les cinq premières années, puis une visite annuelle. Les psychiatres ont recensé les proportions respectives de semaines de phase dépressive et des semaines de phase maniaque ou hypomaniaque.
Des limites quand même
Comme ils s'y attendaient, en fonction des données acquises dans les études précédentes, c'est le groupe des patients dont l'affection avait débuté le plus tôt qui déclarait le plus grand nombre d'épisodes de crise, de tentatives de suicide et d'attaques de panique. Un âge précoce de début de la maladie s'est avéré prédictif d'un nombre significativement plus important d'épisodes dépressifs tout au long du suivi qui a pu être opéré. Mais cette précocité ne s'est pas révélée prédictive du nombre des épisodes maniaques ou hypomaniaques. Certes, font remarquer les auteurs, leur étude comprend quelques limitations. Par exemple, elle n'a pas tenu compte des traitements dont ont pu bénéficier les patients. Les différences entre ceux-ci et même leur variabilité dans le temps ont pu biaiser les observations et les résultats. De même, la détermination de l'âge du début s'est faite rétrospectivement et peut donc être entachée d'erreurs.
Plus précoces, plus dépressifs
Il n'empêche, concluent les auteurs de l'étude, qu'un âge précoce d'entrée dans le trouble bipolaire constitue jusqu'à un certain point un indice de moins bon pronostic si on considère celui-ci sous l'angle d'une plus grande tendance à présenter des épisodes dépressifs. Source :