SEP et étiopathogenèse : quels rôles jouent la vitamine D et les infections ?
Pourquoi la prévalence de la sclérose en plaques est-elle plus forte sous certaines latitudes ? Pourquoi des anticorps anti-CMV ou EBV sont-ils détectés ? Beaucoup de travaux ont été publiés qui confortent la piste infectieuse mais il faut désormais aussi prendre en compte la vitamine D pour son rôle dans le système immunitaire et ses gènes proches de ceux de la SEP.
L'étiopathogenèse de la sclérose en plaques (SEP) est loin d'être élucidée. Le lien avec le système HLA est reconnu avec un risque de survenue multiplié par 3 chez les sujets porteurs de l'allèle HLADRB1*15. Deux variants de gènes ont aussi été identifiés, IL2RA et IL7RA codant des récepteurs aux interleukines dont la présence augmenterait le risque de développer la maladie1. En parallèle, la piste virale est étayée de longue date. Certains y voient un élément protecteur sur base de cette observation que des patients avec la mutation HLA-DBR1*15, non infectés par le CMV, ont un risque de SEP majoré d'un facteur 30. Ce que confirme l'étude EIMS2 (609 patients avec SEP et 796 sujets contrôles), qui montre que le CMV est associé à une diminution du risque de SEP (OR=0,70, CI95 % 0,53-0,94, p=0,015) après ajustement pour l'âge et le sexe. En ajoutant comme variable le titre en anticorps IgG EBNA1 et les allèles HLA-A*02 et HLA-DRB1*15, le OR passe à 0,66 (CI95 %0,48-0,89, p=0,007). D'autres y voient un élément déclencheur de la maladie considérant que 100 % des patients atteints de SEP ont déjà été contaminés par l'EBV, que le risque de SEP est majoré après une séroconversion EBV et que la SEP est rare chez les sujets EBV négatifs. Une conclusion confirmée par une méta-analyse récente3 regroupant 18 études et plus de 19.000 personnes, qui montre qu'une mononucléose infectieuse augmente le risque de SEP. La raison pour laquelle ces virus ont des effets différents n'est pas connue. Pour la plupart des experts, nous ne sommes certainement pas face à une maladie infectieuse au sens propre du terme mais à une conjonction de différents facteurs génétiques, infectieux, immunitaires et environnementaux.
Un lien entre vitamine D et SEP ?
Pour expliquer la variation géographique en incidence de la SEP, une hypothèse évoquée est la carence en vitamine D, cette vitamine dont le rôle dépasse largement le métabolisme osseux et qui est au c£ur de certains processus immunitaires. Dans cette étude américaine4 sur 257 sujets suivis pendant 12 ans, l'analyse des taux de vitamine D révèle que les hommes ayant les taux les plus élevés ont 62 % de risque en moins de développer une SEP par rapport à ceux qui ont les taux les plus bas. Par ailleurs, les taux de vitamine D sont bas chez la majorité des patients avec une SEP, notamment au stade précoce. Enfin, des études menées sur la souris montrent que la vitamine D pourrait réduire le nombre de poussées et ralentir l'évolution de la maladie5. Dans cette étude norvégienne EnvIMS6, le degré d'exposition au soleil et l'incidence de la SEP ont été comparés en Norvège et en Italie. Les résultats montrent une association inverse entre l'exposition au soleil source de vitamine D et l'incidence de la SEP. Les corrélations sont plus ou moins fortes selon les saisons et l'âge des sujets. Quel serait le lien entre un déficit en vitamine D et la survenue d'une SEP ? L'analyse des gènes du récepteur à la vitamine D révèle qu'une partie significative des 229 gènes est située à proximité de gènes impliqués dans la genèse de la SEP. Une hypothèse serait une interaction gène/environnement par un agent encore méconnu qui agirait sur les mécanismes de méthylation de l'ADN ou induirait un effet épigénétique à long terme transmissible de génération en génération7.
Références :