Les fumeurs ne tirent aucun bénéfice d'une TCSH autologue pour une sclérodermie systémique
C'est ce qui ressort des premiers résultats de l'étude ASTIS, menée dans des formes graves précoces de sclérodermie systémique cutanée diffuse (dcSSc). Dans cette étude, débutée en 2001, on a comparé la survie après transplantation de cellules souches hématopoïétiques (TCSH) à celle obtenue après un traitement standard pratiqué dans la plupart des centres européens, à savoir des traitements pulsés par cyclophosphamide (750 mg/m2) tous les 12 mois.
L'année dernière, dans The Lancet, sont parus les résultats de l'étude ASSIST, une petite (n=19) étude randomisée de phase II, qui doit être interprétée avec prudence selon le Pr Van Laar. Aucun patient n'est décédé et l'étude a été arrêtée plus tôt que prévu. " Peut-être cette étude était-elle de trop petite envergure ou impliquait-elle un sous-groupe atteint de sclérodermie précoce qui a eu beaucoup de chance. La vraie question persiste : la TCSH, surtout à long terme, est-elle meilleure que le traitement standard ? " a exposé le Pr Van Laar (UK).
Caractéristiques de l'étude ASTIS
L'étude ASTIS a inclus des patients âgés de 16 à 65 ans, atteints de dcSSc précoce. " Ils devaient présenter un mRSS (score cutané modifié de Rodnan, " modified Rodnan skin score ") d'au moins 15, afin de pouvoir déterminer l'effet de la transplantation sur la peau. Ils devaient également présenter des signes d'atteinte organique car ce sont là des patients qui présentent un moins bon pronostic. Les patients qui présentaient une atteinte organique prononcée ou qui avaient préalablement reçu du cyclosphosphamide ont été exclus. " On a ainsi inclus 156 patients issus de 10 pays européens, dont notamment la Belgique, et de 27 centres différents. Au moment initial, il y avait peu de différence entre le groupe ayant bénéficié de la TCSH et le groupe ayant reçu le traitement standard. La durée moyenne de la maladie était courte, à savoir 1,4 an. Les patients étaient vus tous les ans.
Résultats de survie après la première année
Dans le groupe transplanté, 19 patients ont atteint le critère d'évaluation principal (16 décès et 3 cas de décompensation organique irréversible) contre 27 dans le groupe témoin (26 décès). Ainsi qu'on l'avait supposé, la mortalité liée à la transplantation était de 10 %. Les courbes de survie sans événement (EFS) et de survie globale (OS) se sont détachées après un an entre les deux groupes. La mortalité liée à la transplantation était surtout perceptible durant la première année mais ensuite, les deux formes de survie étaient significativement meilleures que dans le groupe témoin (HR 0,22 pour l'OS ; 0,08-0,58 ; p=0,002) et ceci a commencé à se manifester après la première année (HR 0,39 pour l'OS ; 0,18-0,82 ; p=0,014).
Les fumeurs ne montrent pas de bons résultats
" On observe une différence spectaculaire du point de vue de la survie à long terme entre les fumeurs et les non-fumeurs. Le bénéfice sur la survie globale après une TCSH n'est manifeste que pour les patients sans antécédents de tabagisme. Les fumeurs ne sont donc pas de bons candidats pour la transplantation. La raison n'en est pas encore connue et l'on ne sait pas non plus si ceci est un facteur de confusion pour un autre facteur déterminant " a conclu le Pr Van Laar. " Les résultats obtenus pour la peau, la fonction organique et le HAQ seront présentés lors de la prochaine assemblée de l'ACR mais concordent avec les données observées pour la survie. "