L'échographie musculo-squelettique sous les feux de l'Evidence Based Medicine
Au cours de ces dix dernières années, l'échographie musculo-squelettique a acquis une place prépondérante dans la sphère rhumatologique non seulement comme complément à l'examen clinique pour améliorer le diagnostic et, donc, la prise en charge des affections rhumatismales inflammatoires et des atteintes neurologiques mais aussi sur le plan interventionnel en guidant avec plus de précision et en toute sécurité le praticien lors de la réalisation d'une infiltration ou pour une ponction. Restait à déterminer les meilleures indications de cette technique de plus en plus répandue.
C'est, à présent, chose faite avec la publication, dans l'édition de novembre 2012 de la revue Arthritis Care & Research, des recommandations du groupe de travail " échographie musculo-squelettique " de l'American College of Rheumatology (ACR), basées sur une revue exhaustive des données cliniques et scientifiques disponibles.
Niveau de preuve
Pour élaborer ces recommandations, les membres du groupe de travail ont commencé par dresser l'inventaire des études les plus pertinentes publiées dans la littérature médicale au cours de ces dix dernières années concernant l'utilisation de l'échographie en rhumatologie.
Les recommandations
Le niveau d'évidence le plus élevé, A, n'est obtenu que par une seule indication. Il s'agit de l'utilisation de l'échographie musculo-squelettique afin de guider le praticien, soit lors d'une aspiration au niveau d'une articulation inflammatoire ou septique, soit lors de l'infiltration d'une articulation, d'un tendon ou, au niveau vertébral, en cas de conflit radiculaire. La majorité des indications recommandées par le groupe d'experts a recueilli un niveau de preuve intermédiaire, soit B. Il s'agit, en général, d'une aide au diagnostic d'un symptôme que l'examen clinique seul ne parvient pas à élucider avec précision comme une douleur neuropathique localisée (le meilleur exemple est le canal carpien), une douleur ou un gonflement articulaire, une gêne mécanique, des signes d'arthrite inflammatoire, etc. Les douleurs ou problèmes mécaniques de l'épaule sont aussi une bonne indication de l'échographie musculo-squelettique ainsi que l'examen des glandes parotides et sous mandibulaires lors d'une suspicion d'un syndrome de Sjögren. Enfin, le groupe d'experts s'est mis d'accord pour reconnaître un intérêt (niveau C) pour l'utilisation de l'échographie dans le but d'affiner le diagnostic d'un problème mécanique ou douloureux au niveau d'une articulation dont la visualisation, via l'imagerie classique, est entravée par la présence de graisse en excès ou en cas de fibrose. Enfin, il n'y a pas d'intérêt pour l'utilisation de cette technique pour évaluer un problème d'arthrose dégénérative ou en cas de problème au niveau de l'articulation temporo-mandibulaire ou des articulations costo-chondrales.