Formulaire RX : Catherine Fonck enfonce le clou

Echange viril la semaine passée entre la députée cdH et médecin Catherine Fonck et la ministre Onkelinx sur les questions résiduaires que pose le nouveau formulaire de radiologie. L'argument de Fonck : la nouvelle réglementation est opaque et il a manqué une période transitoire. Réplique d'Onkelinx : ces décisions ont été prises par les médecins eux-mêmes. Mieux vaut se ranger derrière les médecins qui veulent rationaliser le système que derrière les éternels contestataires.
L'encre de l'accord médico-mut n'était pas encore sèche que le nouveau modèle de formulaire de radiologie entrait en vigueur (soit le 1er mars). C'est le premier regret du Dr Catherine Fonck, qui interpellait la ministre Onkelinx à la Chambre : puisque les nouvelles modalités validant le formulaire sont inscrites dans l'accord médico-mut, il eut mieux valu attendre qu'il soit approuvé.
L'ex-ministre wallonne de la Santé (cdH) résume ensuite les griefs émis par les acteurs de terrain dont certains sont connus, d'autres moins : il s'agit d'un recul par rapport au mot d'explication que les médecins remettaient à leur patient ; il y a contradiction entre la foire aux questions (FAQ) de l'Inami qui indique que seule la formulation standardisée est acceptée alors que l'Inami a précisé dans nos colonnes qu'il ne fallait pas suivre les injonctions mot pour mot mais que seule compte la formulation ; quelle sanction si le médecin déroge aux nouvelles règles : le patient sera-t-il remboursé ? Le radiologue sera-t-il empêché de faire l'examen en cas d'erreur sur le document ?
Fonck cite l'exemple d'un hôpital qui a posé des questions à cinq personnes différentes à l'Inami. " Personne ne voulait ou ne pouvait répondre, et in fine on n'a jamais trouvé un interlocuteur qui pouvait s'engager et répondre précisément aux questions posées ", s'insurge le Dr Fonck.
La situation est d'autant plus complexe que certains médecins ont appelé au boycott (le Fag notamment), rappelle Catherine Fonck.
Laurette Onkelinx a botté en touche, non sans talent : " Ce n'est pas la première fois que l'on critique des décisions prises par les médecins eux-mêmes ", fait-elle remarquer. " Des spécialistes soumettent des propositions. Nous les acceptons. D'autres les critiquent et on en vient à regarder le ministère en lui reprochant d'avoir imposé une décision! Non! Ce sont les médecins eux-mêmes qui sont à l'origine de ces propositions. J'ai une entière confiance dans les médecins, dans les spécialistes, dans ceux qui s'investissent pour nous aider à trouver des règles qui sont intéressantes en matière de santé publique. "
Onkelinx estime que la réglemenation obéit au principe " qui peut le plus peut le moins ". " Il n'y a pas de contrainte administrative. Dites-le à ceux qui vous interrogent, car la plupart des mentions requises sont déjà celles issues des textes sur la nomenclature. Je veux, une fois de plus, insister sur le fait que ce sont les spécialistes en imagerie médicale qui sont à l'origine de l'initiative du nouveau formulaire de demande. Ils ont voulu souligner l'importance de la question diagnostique ainsi que des informations cliniques utiles pour clarifier le contexte clinique pour le radiologue. " Exemple : une information sur une éventuelle grossesse, la présence d'allergies, de diabète, d'insuffisance rénale, l'éventuelle présence d'implants ainsi que les examens pertinents exécutés antérieurement dans la mesure où ils sont connus. Sans compter des examens antérieurs non sans pertinence... Le tout vise à une utilisation rationnelle de l'imagerie médicale en évitant les doublons.
Catherine Fonck re-précise ce qui, selon elle, a fait défaut dans ce dossier: l'absence d'adhésion à l'accord médico-mut, l'absence de période transitoire (le 13 mars, date de la question parlementaire, les hôpitaux tentaient toujours de s'adapter) et le manque de précision (lire ci-dessus).
Fidèle à sa philosophie constructive, Fonck propose deux choses : un seul contact à l'Inami pour répondre aux questions des thérapeutes et la mise en place d'une espèce de table ronde pour surmonter les appels au boycott.
La ministre de la Santé publique préfère se ranger du côté des médecins " qui s'engagent pour la santé publique " et non ceux " qui contestent continuellement les nouvelles règles ". Ce qui nous vaut la tirade suivante : " Madame Fonck, chaque fois que vous prenez connaissance d'une contestation, vous la répercutez ici sans jamais tenir compte du travail extraordinaire accompli par vos confrères qui s'investissent en faveur de cette amélioration de la qualité de la santé publique. Cela me surprend! Heureusement, les médecins qui s'engagent sont extrêmement nombreux à soutenir toute une série de mesures visant à perfectionner notre système, qui est déjà excellent. "
Réponse de Fonck : " Je suis aussi une femme de conviction! Il n'y a pas une personne qui soit venue m'en parler! Je constate que si des patients se présentent au service de radiologie et qu'ils n'ont pas le bon formulaire, ils se font flouer, et les radiologues qui ont accepté de les prendre se font flouer. Ce n'est au bénéfice de personne. J'ai toujours dit qu'il fallait responsabiliser les prescripteurs en la matière. Je dois être une des premières à l'avoir dit! Autrement, c'était toujours haro sur les radiologues et on en oubliait de responsabiliser les prescripteurs. "
Et de conclure qu'avec une période transitoire, " nous n'en serions pas là ".