L'homéopathie en débat

Dans le cadre de la reconnaissance des quatre médecine non-conventionnelles, la ministre Onkelinx voulait avancer main dans la main avec le Parlement, en commençant par l'homéopathie hier. Elle est servie puisque un schisme entre députés et experts pro-homéopathie et anti-homéopathie s'est fait jour.
En invitant, d'un côté le Dr Philippe Devos, président de l'Unio Homeopathica et, de l'autre, Raf Mertens dont le KCE qu'il dirige a publié un rapport extrêmement dubitatif sur l'efficacité de cette médecine ainsi que le très réservé (sur la question) Pr Jacques Boniver (Académie royale de médecine) et plusieurs doyens de Facultés dont le président de la conférence des doyens francophones, Yvon Englert, le clash était inévitable.
Pour le Dr Devos, le KCE ne voit que les études " qu'il veut bien voir " à savoir "surtout celles sur les médicaments allopathiques co-financées par les producteurs des médicaments ad hoc". Il a brandi notamment l'étude EPI 3 sur 8.559 patients qui montre des améliorations notamment en matière de douleurs musculo-squelettiques. Devos souligne " un atout notable " qui est " l'absence d'effets secondaires ". Devos est partisan de la complémentarité et non l'opposition entre les deux médecines.
Pour Raf Mertens, patron du centre fédéral d'expertise, aucune étude n'a démontré que l'homéopathie était supérieure à l'effet placebo. Mertens identifie même à l'aide du rapport ad hoc un risque : celui de reporter le diagnostic et diminuer les chances de guérison par la voie allopathique. Mertens - ex-Mutualités chrétiennes - ne souhaite pas qu'on rembourse cette médecine via l'assurance obligatoire - les mutuelles prévoient toutes peu ou prou une couverture via l'assurance complémentaire - d'autant plus que l'homéopathie leurre le patient " par de fausses promesses " et le rend dépendant, estime Raf Mertens.
Jacques Boniver (Académie royale de médecine) trouverait, si on le comprend bien, surréaliste qu'en ces temps de disette où chaque acte de nomenclature est analysé au scalpel, on trouve de l'argent pour des médecines qui ne répondent pas à la science par les preuves. Car " si l'homéopathe consacre cinq fois plus de temps à son patient, cela coûte à celui-ci aussi cinq fois plus cher. "
Yvon Englert a posé la banderille en soulignant l'ineptie qu'il aurait à exiger des médecins étrangers qui exercent en Belgique la démonstration de leur Art et accorder le droit au diagnostic à des thérapeutes "qui ont suivi une formation quelques week-ends".
Bref, plutôt qu'éclairer la ministre Onkelinx, il semble que ces auditions vont l'embrumer encore davantage.