Le défi du BeMGI: préparer la transition vers une médecine génomique!
La Belgique s'est dotée d'un réseau de génomique médicale qui associe les universités flamandes et francophones. Son but: partager les connaissances et accompagner la réflexion sur cette nouvelle technologie qui va, inévitablement, bouleverser la pratique médicale et qui aura un impact sociétal considérable.
Créé l'automne dernier, sous l'impulsion de la Politique scientifique fédérale, le réseau scientifique BeMGI (Belgian Medical Genomics Initiative) constitue un pôle d'attraction associant sept universités belges (KULeuven, UGent, UAntwerpen, VUB, Ulg, UCL et ULB), dont six des sept centres de génétique agréés académiques. Un exemple de collaboration remarquable!
Composé de généticiens belges de renom, ce réseau vient d'organiser à l'Hôpital universitaire de la KULeuven, sa première conférence à l'attention des médecins et scientifiques susceptibles d'utiliser dans un proche avenir le séquençage de nouvelle génération à des fins diagnostiques et thérapeutiques.
Une gestion pro-active
" La transition vers une médecine génomique est imminente, " constate le Pr Michel Georges (Université de Liège), coordinateur du BeMGI. " Alors qu'il a fallu investir plus de 3 milliards de dollars pour aboutir en 2003 au premier séquençage complet du génome humain, dans un avenir très proche, il sera possible, pour environ 1 000 euros, d'obtenir le profil génomique d'un individu et il est plus que vraisemblable que nos enfants et petits-enfants auront tous accès à la séquence de leur propre génome. "
" Cette grande avancée ouvre d'extraordinaires possibilités thérapeutiques et soulève des questions d'ordre scientifique, médical, éthique et juridique, " poursuit le Pr Georges. " Elle requiert par conséquent une gestion pro-active. D'autres pays l'ont bien compris. Ils planifient activement l'incorporation des données génomiques individuelles dans l'environnement hospitalier. L'objectif principal de notre réseau est précisément d'accompagner cette évolution dans notre pays. Comment? En favorisant l'échange d'informations dans l'analyse des génomes et le partage des équipements génomiques les plus avancés en Belgique de manière à renforcer les programmes de recherches individuels, en assumant un rôle pilote en vue de l'intégration concertée de l'utilisation de cette information génomique dans la pratique médicale, en contribuant à former une nouvelle génération de chercheurs belges dans ce domaine émergent et en informant les médecins, le public et les décideurs politiques sur les avancées de la génomique et son impact sur la gestion de la santé. "
Une autre organisation des soins
Comprendre les mécanismes qui sous-tendent les maladies, repérer le gène défectueux à l'origine d'une maladie monogénétique héréditaire, identifier les variants génétiques influençant la prédisposition aux maladies " complexes communes " (diabète, maladies cardiovasculaires, affections inflammatoires, Alzheimer,...), utiliser cette information pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et développer des outils diagnostics personnalisés prédictifs, mais aussi pour prédire le dosage, l'efficacité et les effets indésirables des médicaments (pharmacogénomique), progresser dans l'étude du génome des cellules tumorales afin d'affiner le diagnostic des cancers et mettre au point des traitements ciblés qui éviteront aux patients des effets secondaires néfastes et à la société des frais inutiles, etc. : la connaissance du génome de chaque individu annonce une révolution irréversible qui nous mène vers une médecine personnalisée.
Cette révolution génomique suppose aussi une autre organisation des soins. Pour que tout un chacun puisse avoir accès à des médicaments ciblés et à une thérapie personnalisée, il est évident que les organismes de protection sociale vont devoir négocier avec l'industrie pharmaceutique.
A ce propos, les centres de génétique belges ont également mis à profit la conférence scientifique pour demander aux autorités belges qu'elles accordent une place à l'analyse des génomes au sein du système des soins de santé.
" Nous plaidons pour un remboursement dans certains cas spécifiques où le patient ou sa famille en ont vraiment besoin, " explique le Pr Gert Matthijs (KULeuven), porte-parole néerlandophone de la BeGMI. " Cela concerne les patients souffrant de maladies rares ou avec des cancers spécifiques. Leurs parents pourraient ainsi recevoir des conseils pertinents quant à la santé de leur enfant ou par rapport aux enfants suivants. "