La FIV "low cost": plutôt pour les pays en voie de développement

Des chercheurs de l'Université du Colorado, de l'Université d'Hasselt et du ZOL (Ziekenhuis Oost-Limburg) à Genk viennent de mettre au point une technique de FIV "low cost" où les incubateurs traditionnels sont remplacés par deux tubes en verre. Le Dr Catherine Houba, gynécologue au service de PMA de l'hôpital Saint-Pierre, apporte quelques nuances et en explique certaines limitations.
Lors du congrès annuel de la Société européenne de Reproduction humaine et d'Embryologie qui se tenait à Londres du 7 au 10 juillet, des chercheurs belges et américains ont présenté les premiers résultats d'une étude prospective qui a été menée au ZOL.
Ils ont calculé les coûts d'une technique de FIV "low cost" basée sur une méthode de culture pour les embryons nettement moins onéreuse car elle ne fait pas appel à des incubateurs à CO2 ni à des systèmes de purification d'air. Selon les chercheurs, cette méthode donnerait des résultats comparables à ceux obtenus avec les méthodes plus onéreuses.
Déjà douze bébés
Douze enfants ont déjà vu le jour grâce à cette nouvelle technique. "Les premiers bébés qui sont nés par le biais de cette méthode prouvent qu'un traitement avancé de fertilité peut être nettement plus abordable financièrement et donc accessible dans le monde entier", a commenté le Pr Willem Ombelet, gynécologue au ZOL, qui tente depuis plusieurs années de développer la PMA dans les pays en voie de développement.
La différence de coût est en effet significative. Le coût estimé de cette technique s'élève entre 10 et 15% du coût actuel pour les méthodes traditionnelles utilisées dans les pays occidentaux. Ajoutons à cela qu'une stimulation ovarienne " modérée " suffit, le but étant ici d'avoir seulement 3 à 4 ovocytes au lieu d'une dizaine avec la FIV classique. On arrive ainsi à un traitement pour moins de 200 euros.
Selon les chercheurs associés à cette nouvelle technique, il s'agit d'un espoir pour de nombreux couples, surtout dans les pays en voie de développement où la procréation médicalement assistée est la plupart du temps inaccessible en raison du seuil financier.
Vouloir faire de la FIV en Afrique peut paraître un non-sens aux yeux de certains, mais comme l'explique le Pr Ombelet et comme le souligne également le Dr Houba, en Afrique, les femmes qui n'ont pas d'enfants sont très stigmatisées et rejetées. Il s'agit là-bas d'un problème social important. Cette technique serait donc particulièrement adaptée à ces pays où le principal facteur limitant pour faire de la FIV est d'avoir un labo.
Oui mais...
Cette nouvelle technique a toutefois ses limites : " La méthode permet de réaliser de la fécondation in vitro, mais pas de l'ICSI. Or, en Belgique, on est à environ 60-70% d'ICSI. Donc, la technique serait plutôt adaptée aux pays en voie de développement, où les patientes ont surtout une infertilité d'origine tubaire ", explique le Dr Houba.
En outre, les taux de réussite semblent inférieurs : " Sur les 36 patientes, seules 23 ont eu un embryon et sur les 23, la moitié ont eu une grossesse. Donc c'est limitant pour obtenir les embryons, mais une fois qu'on a les embryons, la technique marche aussi bien qu'une FIV classique. "
Et Catherine Houba de conclure : " C'est une technique qu'on pourrait utiliser chez un certain nombre de patientes, mais dans l'intérêt des patientes, il vaut quand même mieux continuer la méthode classique qui donne les meilleurs résultats. par essai. Par ailleurs, il faudrait faire une étude cost-effectiveness afin de déterminer s'il serait plus rentable d'utiliser cette nouvelle méthode même si l'efficacité est moindre. Mais, une chose est sûre : moins on a d'ovocytes, moins on a de grossesses. Et donc, je ne pense pas que les patientes seraient d'accord d'avoir recours à cette méthode. "