Toujours plus d'invalides : ne pas accabler les personnes en burn-out

La courbe des personnes en incapacité de travail depuis plus d'un an (les " invalides ", dans le jargon de la sécu) ne cesse de gonfler, constate Le Soir de mercredi sur base des chiffres de l'Inami : +25% depuis 2007. La faute à qui ? Si le DG du service des indemnités, François Perl, souligne qu'on déclare plus facilement un burn-out aujourd'hui qu'hier, la Mutualité socialiste, sur base de son " Thermomètre ", met en garde : ce ne sont pas les travailleurs qu'il faut accabler mais les conditions de travail de plus en plus stressantes.
Ce sont les généralistes qui ont souligné lors du premier Thermomètre " sur le bien-être psychologique de la population francophone " que le stress et l'épuisement au travail sont devenus les premières raisons de consulter.
Cette évolution s'est malheureusement poursuivie : 93.000 Belges sont en arrêt de travail suite à une maladie psychosomatique (burn-out ou dépression). " En 2012, près de 265.000 salariés ne travaillaient plus depuis un an à cause d'un problème de santé et ont ainsi bénéficié d'une indemnité d'invalide. Le nombre d'invalides devrait s'élever à près de 300.000 en 2015. Si ces estimations se confirment, le nombre d'invalides aura ainsi augmenté de 45% en dix ans. Les problèmes de santé mentale et les maladies musculosquelettiques sont responsables de plus de la moitié des cas d'invalidité. "
La Mutualité socialiste déplore cette inquiétante évolution tout en soulignant que divers facteurs, indépendants des travailleurs, expliquent ce phénomène :
1. L'intensification du travail, soit " le fait de se sentir dépassé par la masse de choses à faire, la difficulté de devoir gérer sans cesse un flux d'informations ". Cette catégorie pèse pour un quart de ce qui génère du stress chez les salariés et les indépendants.
2. La violence des relations humaines : " l'absence de considération de la part de l'employeur, les systèmes d'évaluation de plus en plus importants et la crainte de décevoir ses collègues ou son patron. "
3. Les conditions "fonctionnelles" de travail : un cadre désagréable ou des horaires non adaptés...
4. Le sentiment des travailleurs de ne plus parvenir à concilier vie professionnelle et vie privée.
Les médecins du travail confirment que 46% des travailleurs examinés déclarent que le stress au travail est en nette augmentation, notamment à cause de la concurrence entre différents services externes.
Pour l'organisme assureur socialiste, cela ne fait pas un pli : " Ce n'est pas le travailleur stressé qu'il faut soigner, c'est le travail lui-même ! "
Et voilà que resurgit l'éternel débat entre la société et l'individu...