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Incapacité de travail : la fraude ne dépasserait pas 10%

Le Dr Rufy Baeke, porte-parole du syndicat des MG flamands (SVH - ex-Cartel) a secoué le cocotier flamand ces derniers jours, affirmant que de nombreux Belges ne sont pas réellement en incapacité de travail et que les mutuelles ne font pas leur travail. L'Inami et les Mutualités socialistes démentent. La N-VA affirme ne pas être derrière ce coup politique.

Nicolas de Pape - 22 août 2013

Le Dr Rufy Baeke est un agit-pop très actif en Flandre et fan notoire de la N-VA. Il rue régulièrement dans les brancards, souvent, il faut le reconnaître, au bénéfice du débat politique en soins de santé.


Sa dernière trouvaille ? Face au nombre assez impressionnant de Belges en incapacité de travail (on frôle les 300.000 personnes), il estime qu'une part importante n'est pas réellement malade.

"Les médecins des mutuelles", explique le vice-président du SVH aux journaux du groupe Corelio, "se laissent compter fleurette par des patients qui prétendent être en incapacité de travail. Ces médecins font leur possible mais en raison du fait qu'ils travaillent de manière inefficace, ils ne peuvent pas effectuer un contrôle correct. Ils se basent sur des documents papiers (lettres de MG, rapports de médecins spécialistes) alors qu'ils devraient plutôt prendre contact avec les médecins traitants qui seuls peuvent émettre des doutes sur la capacité réelle de leurs patients. "

Avant de répondre sur le fond, plusieurs acteurs côté flamand ont dénoncé un " coup " provenant de la N-VA (ce que le parti de Bart De Wever nie avec force), le Dr Rufy Baeke étant soutien notoire du parti nationaliste à Kaprijke comme d'ailleurs pas mal de médecins en Flandre (la moitié du corps médical flamand vote N-VA). " Son attaque est politiquement colorée ", a souligné la branche flamande de la Mutualité socialiste attaquée de plein fouet par Baeke.

Celui-ci affirme que la MS en particulier est trop coulante parce qu'elle craint de perdre des membres. " La mutualité socialiste fait preuve d'une tolérance extrême [vis-à-vis des personnes en incapacité de travail] ", pointe-t-il. La MS dément avec force ces affirmations et demande à Baeke d'apporter des preuves. "Notre taux d'incapacité de travail n'est pas supérieur aux autres mutuelles ", répond Urbain Van Dormael, porte-parole de la MS. " Et ce malgré que le profil de nos membres est différent. " " La majorité des patients sont honnêtes ", affirme de son côté le Dr Roel Lambrechts, médecin conseil à la Mutualité chrétienne. 90% sont dans leur droit et les 10% qui essaient de profiter [du système] ne pourrissent pas les autres. "

Selon l'Inami, les chiffres infirment que la MS soit plus gangrénée par la fraude : entre 2009 et 2012, le taux d'incapacité primaire a augmenté de 4,3% pour l'ensemble des mutuelles et seulement de 3% à la MS. La même année, celle-ci a mis fin à 13% des incapacités de travail contre 11% en moyenne pour tous les organismes assureurs. La MS est aussi à l'origine en 2012 de 41% des 12.018 remises au travail après contrôle. Pour l'Inami, il n'y donc guère de laxisme dans le chef de la MS.

Les acteurs de terrain reconnaissent toutefois que le contrôle n'est pas suffisant. Le Dr Lambrechts admet que " ce serait mieux de prendre contact avec ces médecins mais il faut vous imaginer que, rien qu'aujourd'hui (mardi 20 août, NDLR), je dois contrôler 25 patients. Contacter chacun de leur médecin est techniquement impossible. " Le médecin conseil estime qu'il faut organiser le contrôle d'une manière différente. Les bases de cette évolution en ont déjà été jetées. Mais cela prendra du temps. Pour Lambrechts, le corps médical de terrain devrait être responsabilisé à la lutte contre la fraude en matière d'incapacité de travail. Mais le médecin nie toute pression de la mutualité (chrétienne en l'occurrence) afin de fermer les yeux sur la fraude. "Nous sommes indépendants".

De son côté, l'équivalent flamand de la LUSS, la Vlaamse Patienten Platform (VPP) qui défend les intérêts des patients insiste sur le fait que beaucoup de citoyens-patients sont sommés de quitter leur poste de travail pour raison médicale. L'application de la législation ne leur permet, hélas, pas de continuer de travailler "un peu" : c'est tout ou rien, regrette Ilse Weeghmans, directrice de la VPP. Les personnes en incapacité de travail sont trop souvent laissées dans l'ignorance qu'il existe des possibilités d'aménagement de postes ou d'horaire. Les médecins-conseils eux-mêmes ne les informent pas suffisamment. La communication entre les médecins est totalement insuffisante. " L'existence d'une fraude ne doit pas fermer la porte aux personnes réellement dans l'incapacité de continuer à travailler ", conclut Weeghmans.

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