Des chercheurs de l'ULB identifient le mécanisme permettant au trypanosome d'infecter l'homme

Après la découverte en 2003 de la protéine sérique apolipoprotéine L1 (apoL 1) qui tue très efficacement le trypanosome, l'équipe de chercheurs du Laboratoire de Parasitologie moléculaire de l'ULB a franchi un pas supplémentaire en identifiant le mécanisme de résistance développé par la variété Trypanosoma gambiense, responsable de 97% des cas de contagion en Afrique de l'Ouest et Centrale .
Si apoL1 s'avère capable de tuer efficacement le trypanosome en créant des pores ioniques dans les membranes du système digestif du parasite, il existe toutefois deux formes variantes de trypanosomes ayant acquis la capacité de résister à l'apoL1, et donc de croître chez l'homme. Ces parasites sont appelés Trypanosoma rhodesiense et Trypanosoma gambiense, et sont respectivement responsables de la maladie du sommeil en Afrique de l'Est et en Afrique Centrale et de l'Ouest (respectivement 3% et 97% des cas recensés sur le continent).
Les chercheurs viennent de marquer une nouvelle avancée publiée dans la revue Nature le 21 août : emmené par le professeur Etienne Pays, investigateur WELBIO, le Laboratoire de Parasitologie moléculaire (IBMM, ULB) a identifié le mécanisme permettant à Trypanosoma gambiense de résister à l'apoL1, et donc d'infecter l'homme.
Ce parasite a inventé une protéine capable de rigidifier la membrane de ses vésicules digestives, ce qui lui permet d'empêcher la formation de pores membranaires par l'apoL1. Deux processus additionnels sécurisent cette résistance : une dégradation accélérée de l'apoL1, ainsi que l'inactivation, par mutation, du récepteur membranaire pour le complexe haptoglobine-hémoglobine, qui sert d'entrée efficace de l'apoL1 dans le parasite.
De façon inattendue, les chercheurs de l'ULB montrent que cette dernière adaptation était vitale pour la survie de Trypanosoma gambiense en Afrique de l'Ouest et Centrale, car elle est nécessaire au parasite pour survivre dans du sérum dépourvu d'haptoglobine (hypohaptoglobinémie): en effet, corriger la mutation du récepteur entraîne la mort immédiate du parasite dans du sérum hypohaptoglobinémique.
L'adaptation du trypanosome à l'hypohaptoglobinémie est vraisemblablement liée à la malaria, source très fréquente d'hypohaptoglobinémie en Afrique de l'Ouest et Centrale.
Ces résultats illustrent la puissance de la dynamique d'adaptation parasitaire aux conditions de l'hôte, et permettent d'envisager des stratégies nouvelles pour combattre la maladie du sommeil.
S'exprimant dans Le Soir de ce jeudi au sujet de l'éventuelle mise au point d'un médicament sur base de cette découverte, le Pr Etienne Pays souligne que de nombreux obstacles restent à franchir avant cette phase, impliquant notamment de s'assurer que la protéine tueuse ne soit pas toxique pour l'homme et de tester son efficacité " sur le terrain ".