Ostéopathie: des craintes sur la formation et sur le schisme kinés/ostéopathes
Les nouvelles règles que prépare la ministre des Affaires sociales et de la Santé Laurette Onkelinx dans le cadre de la reconnaissance de l'ostéopathie ont suscité pas mal d'interrogations mercredi sur l'ensemble des bancs de la Commission de la Chambre et du Sénat. En Flandre, une crainte s'exprime à propos de la formation qui sera exigée. Le cdH estime trop radicale la séparation kinés/ostéopathes. Jacques Brotchi (MR) a pour sa part fait valoir la "nécessité d'un diagnostic préalable" aux manipulations.
Selon l'arrêté royal en préparation, seule l'ostéopathie neuro-musculo-squelettique sera reconnue. Exit donc l'ostéopathie holistique, celle qui permet de déceler par exemple un problème aux viscères par une manipulation crânienne, une pratique qui ne passe pas le cap des règles de base scientifique. L'ostéopathie sera reconnue comme une pratique de première ligne. Il n'y aura pas de prescription médicale mais une "triangulation" médecin-ostéopathe-patient est prévue. Pas non plus de remboursement, à ce stade. Enfin, l'ostéopathie ne pourra s'exercer qu'exclusivement. Fini donc, le kinésithérapeute ostéopathe, sauf à terme transitoire.
Pourra exercer comme ostéopathe, le détenteur d'une "formation universitaire": bachelier (sciences médicales, kiné) suivi d'un master en ostéopathie organisé par une université ou une Haute Ecole.
Cette formation est dispensée par l'ULB mais en Flandre seul le privé propose à ce stade un cursus aux ostéopathes. Ces instituts devront donc être reconnus comme Hautes Ecoles par la Communauté flamande pour qu'une formation conforme au prescrit légal soit dispensée à l'avenir au nord du pays. Les recteurs des universités flamandes ont en effet fait savoir qu'ils n'entendaient pas organiser un master en ostéopathie. Les partis flamands ont relayé cette crainte liée à l'absence de formation conforme. La ministre a renvoyé à la Communauté flamande, compétente en matière d'enseignement.
Du côté francophone, une charge est venue du cdH contre une formule de séparation des métiers de kiné et d'ostéopathe jugée "trop radicale". André du Bus a appelé à une "position médiane" autorisant un cumul dans les institutions (maisons de repos, résidences pour personnes handicapées, hôpitaux). Ine Somers (Open Vld) a appelé à ne pas mettre en concurrence les kinésithérapeutes et les ostéopathes. La ministre Onkelinx est restée sur sa position, la justifiant au nom d'un système de santé qui exclut le cumul de spécialisations pour promouvoir la qualité des soins et la sécurité du patient.
Muriel Gerkens (Ecolo) a demandé ce qu'il en serait d'un remboursement des consultations en ostéopathie dans le futur. Laurette Onkelinx a dit y être favorable, à titre personnel, précisant qu'un tel remboursement n'était pas envisageable dans le contexte budgétaire actuel. Elle a également rappelé que de nombreuses mutualités remboursaient les consultations dans le cadre de leur assurance complémentaire.
Tout en reconnaissant la qualité d'ostéopathe, Jacques Brotchi (MR) a pour sa part fait valoir la "nécessité d'un diagnostic préalable" aux manipulations. Il a fait part de certains accidents qui auraient pu être ainsi évités. La ministre a mis en évidence la qualité de la formation et la triangulation médecin-ostéopathe-patient comme élément de réponse.
Sur les bancs de la N-VA, le sénateur Louis Ide s'est montré très critique vis-à-vis d'un projet de texte restrictif, qui s'éloigne selon lui de la position de la chambre des ostéopathes. D'après lui, il aurait été plus logique de retenir la première ligne dans le cadre d'une reconnaissance de l'ostéopathie holistique ou alors de prévoir l'obligation d'une prescription pour l'ostéopathie neuro-musculo-squelettique. Il a également regretté, comme d'autres, les différences de traitement entre kinésithérapeutes et ostéopathes, assurant que le texte serait recalé par le Conseil d'Etat, à l'image de l'avis rendu sur la pratique de l'homéopathie (mais à l'inverse de l'ostéopathie, l'homéopathie ne pourra plus s'exercer qu'à titre complémentaire).
La ministre a conclu qu'une majorité semblait s'ouvrir à la voie choisie, celle du consensus. "Ceux qui restent sur leurs positions de départ, bloquent. Moi, j'ai envie d'avancer", a dit Laurette Onkelinx. Elle a également certifié que le Conseil d'Etat n'avait pas remis en question le choix fait pour l'homéopathie. Afin de répondre à certaines observations, la Commission paritaire se réunira à cette fin demain/jeudi. Par ailleurs, la ministre rédigera un arrêté royal complémentaire prévoyant des conditions générales pour la reconnaissance des quatre pratiques non conventionnelles prévues par la loi Colla de 1999.