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Les hôpitaux au scanner par De Tijd : " un financement déséquilibré "

'Pourquoi votre hôpital lutte-t-il pour survivre', titrait un article assez conséquent dans l'édition du week-end du journal De Tijd. Que le sous-financement des hôpitaux fasse le lit d'une surconsommation n'est pas une nouveauté, du moins pas pour les gens du secteur. Mais De Tijd publie sur le sujet un article bien étoffé. Pourquoi fait-on trop facilement une radiographie des patients souffrant d'une entorse à la cheville ou d'un mal de dos aigu, alors que ce n'est souvent pas nécessaire ? Ces prestations génèrent des revenus supplémentaires pour les hôpitaux, et ceux-ci savent bien comment les utiliser. L'article - le premier d'une série consacrée au financement des hôpitaux - paru dans De Tijd le week-end dernier commence avec ce constat.

Wouter Colson - 24 octobre 2013

"C'est comme cela que l'on tire tout le système vers la surconsommation. C'est logique. On peut même à peine le reprocher aux hôpitaux", avance dans cet article Raf Mertens, Directeur général du Centre Fédéral d'Expertise (KCE).

Vases communicants
Les hôpitaux ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts financièrement, comme cela s'est encore avéré récemment d'après les chiffres annuels présentés par Belfius. Les pertes dans les services infirmiers des hôpitaux sont passées l'an dernier de 3,1 à 4,3%. Et ce que les hôpitaux perdent sur un poste, ils essayent de le récupérer autre part. Mais les revenus des départements 'bénéficiaires' ont cessé de grimper : les services médico-techniques ont ainsi juste pu garder autant que l'an dernier : 8,6%. Seules les pharmacies ont tiré leur épingle du jeu suivant le rapport Belfius, et ont pu en retirer davantage : 7,9% au lieu de 7,3% l'année d'avant. Ce que De Tijd ne mentionne pas, c'est l'écrémage de 10 millions d'euros dans le budget global du forfait médicaments cette année encore. C'est plus de 5%. Et cela n'est pas compensé ailleurs.

De Tijd analyse le bilan de sept hôpitaux publiant leurs comptes en tant qu'asbl. Les mêmes constats sont faits : les services de soins intensifs, avec de nombreuses infirmières, enregistrent partout un déficit : de 1,3 à 4,6 millions d'euros par an. Seuls le département médico-technique et la pharmacie étaient encore bénéficiaires dans certains hôpitaux.

Honoraires médicaux
Les honoraires médicaux représentent une source importante de revenus pour les hôpitaux : selon le rapport Belfius, les médecins spécialistes cèdent ainsi 40% de leurs honoraires, ce qui procure 15% des revenus des hôpitaux.

Mais une autre conséquence néfaste des mécanismes de financement actuels, constate De Tijd, consiste en l'inégalité de revenus entre les médecins. Ainsi, un néphrologue gagne environ trois fois plus qu'un oncologue, comme le constatait l'an dernier le KCE. Et comme il s'agit en plus de moyennes, les différences réelles entre les médecins sont encore beaucoup plus élevées.
Et cela n'est pas sans conséquence: les hôpitaux remplissent avec difficulté les offres d'emplois vacantes pour les postes de gériatres, pédiatres, médecins urgentistes et dermatologues. Quant aux pédopsychiatres, on ne les trouve déjà plus du tout.

Vague de fusion
Où se trouve la solution ? Moins d'hôpitaux ? En 2005, on comptait encore 218 hôpitaux au total -généraux, psychiatriques, spécialisés, ...En 2012, leur nombre avait reculé jusqu'à 193.
Il est vrai que les hôpitaux ne ferment pas purement et simplement leurs portes, mais fusionnent plutôt. Et parce qu'il est cher de travailler sur des campus différents, ils optent pour la construction d'un nouveau site. Et cela coûte à nouveau de l'argent.
Ces opérations de fusions sont d'ailleurs de loin insuffisantes. Ainsi, le Prof. Jean-Pierre Baeyens sait nous apprend que la province de Flandre occidentale ne pourrait compter que quatre hôpitaux maximum suivant les normes internationales - mais en compte en réalité encore douze. En outre, les démantèlements ne sont pas populaires.

Rationnement
Les autorités sont bien entendu conscientes que quelque chose ne tourne pas rond. Fin de cette semaine, la Ministre Onkelinx fera connaître sa 'feuille de route' en vue d'aboutir à un autre mécanisme de financement. Une direction souvent envisagée est de donner aux hôpitaux davantage de moyens de fonctionnement en réduisant la rémunération des médecins. Les médecins ne devraient quant à eux plus verser de contribution à l'hôpital.
Mais cela est dangereux, selon Marc Moens, cité dans l'article à ce propos. Que les médecins aient leur mot à dire dans la gestion n'est pas une mauvaise chose. Un financement à l'acte prévient le danger de rationnement. Et ce dernier risque est, pour les patients, bien plus grave que la surconsommation : " Dans certains pays, à partir de septante ans, les patient n'ont plus droit aux soins intensifs ou à une dialyse rénale. Chez nous, les gens ne se rendent plus compte de tout ce qu'ils reçoivent comme soins pour à peine 10 % du PIB ", constate le Dr Moens.

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