Binge drinking : l'alcool perturbe aussi le cerveau émotionnel ! (UCL)
Le binge drinking touche désormais environ 60 % des 16-25 ans en Europe. Etant donné que les binge drinkers consomment de l'alcool, le plus souvent, quelques soirées par semaine et non quotidiennement, ils ne sont pas considérés comme alcoolo-dépendants. Il a cependant été prouvé, ces dernières années, que cette pratique altère durablement les capacités cognitives et cérébrales. Aujourd'hui, des chercheurs de l'UCL démontrent également que le traitement cérébral des stimulations émotionnelles est altéré chez les binge drinkers, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur leurs relations sociales.
Durant ces cinq dernières années, plusieurs études menées chez l'animal et l'Homme, dont certaines initiées à l'UCL, ont clairement démontré que le binge drinking conduit à des conséquences marquées et durables : d'une part, les binge drinkers présentent une réduction de leurs performances dans des tâches de mémoire, de concentration ou d'inhibition par rapport à des personnes non-buveuses. D'autre part, les études en neurosciences ont identifié de nettes altérations du fonctionnement du cerveau dans cette population. Il semble donc désormais clairement établi que le binge drinking tel qu'il est pratiqué par une majorité des jeunes adultes, loin d'être une pratique festive anodine, est associé à des déficits rapidement observables au niveau comportemental et cérébral.
Des chercheurs de l'UCL ont donc voulu maintenant explorer si le binge drinking, en plus de ses effets cognitifs, pourrait également avoir des conséquences sur les capacités émotionnelles et interpersonnelles.
Dans ce cadre, Pierre Maurage, chercheur à l'Institut de recherches en sciences psychologiques de l'UCL, a effectué (en collaboration avec l'Université de Glasgow) une étude de neuroimagerie dans laquelle l'activité cérébrale d'un groupe d'étudiants binge drinkers et d'un groupe d'étudiants non-buveurs était enregistrée alors qu'ils effectuaient une épreuve d'identification des émotions (par exemple la peur, la colère) présentées dans des voix humaines. Les résultats ont clairement montré que le binge drinking est associé à une capacité réduite à identifier les émotions vocales, ce qui constitue la première description d'un déficit émotionnel dans cette population. En outre, par rapport aux participants non-buveurs, les binge drinkers présentaient une activité cérébrale réduite au sein des zones temporales, spécialisées dans le traitement des voix humaines. Le traitement cérébral des stimulations émotionnelles est donc altéré dans le binge drinking.
Etant donné que ces capacités émotionnelles sont essentielles pour conserver une vie sociale épanouie, leur altération pourrait avoir un impact négatif sur les relations sociales et le bien-être des binge drinkers, et même favoriser l'évolution vers l'alcoolo-dépendance. Ces résultats, en complément de ceux obtenus antérieurement, confirment en tous les cas la dangerosité du binge drinking.
L'UCL appelle donc les politiques à prendre attitude.