Xavier Brenez (MLOZ) : " Une décision irrationnelle "
La décision étrange (dans le contexte politique belge) des Mutualités libérales de confier la gestion de leurs données informatiques aux mutualités socialistes à la place de la plateforme commune aux Mutualités libres et aux Mutualités neutres attriste Xavier Brenez, directeur général des Mutualités libres. Il parle de " destruction de valeur déplorable " pour les deux entités et s'étonne que les Mutualités libérales aillent ainsi renforcer le pilier socialiste. " C'est une décision irrationnelle. "
La décision des Mutualités libérales de quitter le giron des Mutualités libres (indépendantes des trois piliers politiques belges et qui pèsent deux millions de membres contre 500.000 environ pour les libérales) afin de gérer leurs données de santé et leurs données clients ne sort pas d'un chapeau. Il faut revenir à la mi-2012, lorsque les Mutualités libres décident d'une refonte complète du " M-Team " (le système en question). Une décision stratégique qui fait suite aux pressions budgétaires sur les frais d'administration des mutuelles. " Nous avons réfléchi à un système plus flexible et moins coûteux en faisant appel à un partenaire extérieur et avons pris le lead. D'emblée, les Mutualités libérales et les Mutualités neutres nous ont fait part de leurs craintes. Les Neutres ont fini par nous suivre estimant qu'elles n'avaient pas le choix. Mais les Mutualités libérales ont dit non, estimant que le risque étant trop grand. D'une manière détournée, nous avons ensuite appris que les Libérales s'étaient rapprochées des Socialistes. "
Brenez a alors pris contact avec les Libérales pour les avertir du danger de migrer des données aussi sensibles en moins d'un an et demi (durée du préavis donné aux Libres). " J'ai fait savoir que, selon moi, c'était tout simplement infaisable. Malgré mes mises en garde, les Libérales ont décidé de signer avec les Socialistes. C'est à mon avis la décision d'une poignée d'hommes voire d'un seul homme qui m'apparaît tout simplement irrationnelle car elle ne repose sur aucune analyse objective. "
Brenez en tire plusieurs enseignements : un, le MR et l'Open-VLD se désintéressent de la santé publique, " ce qui est une erreur lorsque l'on sait que le secteur pèse environ 12% du PIB ". Deux, le personnel et sans doute les membres des Mutualités libérales vont payer les pots cassés : " Il s'agit d'une destruction de valeur regrettable. " Trois, " c'est tout bénéfice pour les Mutualités socialistes qui ont l'habitude de manoeuvrer en coulisses. Ça m'inquiète que les Mutualités libérales renforcent le pilier conservateur des deux grosses mutuelles, opposé à tout changement et à toute évolution dans le secteur, pensons par exemple au frein qu'ils mettent à la simplification des attestations de soins. "
Brenez souligne au passage que " l'argument idéologique " invoqué par les Mutualités libérales, à savoir la privatisation de l'invalidité, est " fallacieux ". " Jamais nous n'avons proposé une privatisation même partielle de l'invalidité. C'est complètement faux ! "