Le traitement par héroïne médicale est efficace, selon des chercheurs de l'ULg
Les chercheurs de l'Université de Liège (ULg) ont présenté mardi les conclusions de l'étude scientifique menée durant l'expérience 'Tadam'. Ils estiment que le traitement par héroïne médicalisée est réalisable, malgré les coûts élevés. Le rapport final, épais de plus de 1.000 pages, est le fruit de plusieurs années de recherches menées par une équipe scientifique de l'ULg durant l'expérience Tadam, qui s'est déroulée à Liège entre janvier 2012 et janvier 2013. Durant ces 12 mois, 74 usagers d'héroïne sévères, qui avaient déjà tenté sans succès d'autres traitements (dont la méthadone), ont fait partie de ce projet-pilote.
L'équipe liégeoise a estimé qu'il y avait à Liège entre 1.600 et 2.300 personnes dépendantes à l'héroïne et espérait que 200 patients rejoindraient l'expérience Tadam. "Mais beaucoup d'usagers hésitaient à rentrer dans le projet car ils craignaient une aggravation de leur dépendance en raison de la durée limitée de 12 mois. Ils se demandaient ce qu'ils feraient une fois que ce serait fini", souligne Isabelle Demaret, chercheuse en santé publique.
La moitié des 74 patients a reçu un traitement par héroïne pharmaceutique (appelée diacétylmorphine), tandis que le groupe de contrôle restant a bénéficié d'un traitement à la méthadone. Tous étaient en moyenne dépendants depuis 20 ans et avaient déjà réalisé 9 essais de traitement.
Les chercheurs liégeois ont conclu que l'expérience était réalisable, qu'aucun problème majeur n'avait été constaté et que le traitement par diacétylmorphine était plus efficace par rapport à la méthadone pour ce groupe cible particulier. Les toxicomanes ont amélioré leur santé mentale et physique durant le traitement, même si peu de sevrages ont été constatés, notamment en raison de la durée limitée de l'expérience. Dès les trois premiers mois, ils ont diminué leur consommation d'héroïne de rue, "mais quelques semaines avant l'arrêt du traitement, ils ont recommencé à en consommer", note Isabelle Demaret.
Aucun impact négatif n'a été constaté dans le quartier ou chez les riverains. Par contre, une baisse significative de la criminalité n'a pas été observée. Il n'a pas été possible de mesurer les bénéfices à long terme pour la société (diminution des actes délinquants, de prise en charge sanitaire, etc.) qui auraient pu compenser le coût élevé de Tadam.
Les scientifiques recommandent l'installation définitive de centres, à Liège ou ailleurs. "Mais sans que la durée du traitement ne soit fixée à l'avance, sinon l'utilité disparaît", répète Isabelle Demaret.
Le coût d'un tel dispositif est estimé à 840.000 euros par an, dont 70% sont consacrés aux frais de personnel. Selon les scientifiques, ce coût pourrait être optimisé si le nombre de patients augmentait et si le centre était adossé à une structure d'aide existante qui diversifierait ses activités.
"Les patients vont mieux et dérangent moins la société", conclut André Lemaître, chef du service de criminologie de l'Institut des sciences humaines et sociales. "Maintenant, nous passons le relais aux politiques."