Un scandaleux marché noir de la science en Chine
Au terme d'une enquête édifiante de cinq mois, plus que jamais la recherche chinoise risque d'être perçue à l'étranger comme gangrenée par la corruption et la fraude scientifique. Trois journalistes ont mis à jour un véritable marché noir de la science au pays du soleil levant.
Le produit concerné n'est autre que l'étude scientifique. Plusieurs pratiques occultes ont été dénoncées. Ainsi, un certain nombre d'agences chinoises spécialisées disposent d'un catalogue d'études en cours de relecture par des journaux scientifiques et il suffit de payer pour qu'un nom soit ajouté à la liste des auteurs. Autre malversation : rémunérer un " nègre ", qu'il soit étudiant ou chercheur, pour composer un article à partir de données complètement inventées dans le pire des cas ou bien récupérées auprès d'autres scientifiques ou encore commandées à des laboratoires prêts à mener les expériences nécessaires contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Ce business peut rapporter gros. Parmi les 27 agences commercialisant des études scientifiques réelles ou bidonnées que les journalistes ont contactées, en se faisant passer pour des chercheurs, 22 ont reconnu que des articles pouvaient être achetés ou commandés pour un prix allant de 1.200 à 19.350 euros.
Wei Yang, président de la Fondation chinoise pour la science, reconnaît que le développement rapide de la recherche dans son pays au cours des dernières années ne s'est pas forcément accompagné d'un effort adéquat pour promouvoir les bonnes pratiques déontologiques.
Reste que de très nombreuses questions se posent. Quelle est la proportion d'études achetées et/ou bidonnées ? Pourquoi les chercheurs qui constatent qu'un nom a été ajouté à la liste des auteurs ne le signalent-ils pas ? Les agences bénéficient-elles de complicités ? ...
(référence : Science, 29 novembre 2013, DOI: 10.1126/science.342.6162.1035 et DOI: 10.1126/science.1247700)