PremiumActualités médicales

Vincenzo Costigliola: "Le patient devient l'élément central"

Président de l'European Medical Association (EMA) et de l'European Association for Predictive, Preventive and Personalised Medicine (EPMA), le Dr Vincenzo Costigliola est persuadé que la médecine personnalisée va bouleverser le domaine de la santé. Pour lui, le véritable changement sera de type philosophique, dans la manière dont les soins seront organisés. Avec une approche préventive et globale du patient, appelé à devenir l'élément central du système.

Luc Ruidant - 17 décembre 2013

Le Journal du médecin: Pourriez-vous nous présenter l'EPMA et le rôle que votre association entend jouer en matière de soins de santé personnalisés?

Dr Vincenzo Costigliola : L'EPMA est une émanation de l'EMA. Si la seconde s'adresse à tous les médecins à titre individuel, la première est une association d'institutions et un club d'experts provenant d'une quarantaine de pays, principalement européens.
Nous considérons que la médecine préventive va s'imposer à l'avenir, de plus en plus, et qu'elle aura un impact considérable sur les activités cliniques et de recherche. Elle sera en mesure de répondre à la demande de biotechnologies innovantes afin de mieux développer les outils qui peuvent nous aider à identifier les éléments prédictifs des pathologies, de mettre en place les mesures préventives et de choisir les traitements les plus efficaces, adaptés à chaque personne.
Pour que cette nouvelle médecine de pointe puisse advenir, nous invitons les décideurs politiques à prendre toute une série de mesures bien coordonnées qui tiennent compte des nouvelles tendances médicales et des exigences des patients. C'est un défi planétaire important pour le 21&è;me siècle.

-Quelle est votre définition de la médecine personnalisée?

-Comme je le répète dans toutes mes présentations, la définition la plus simple et la plus compréhensible est: la bonne dose, au bon moment, pour le bon patient.
La base, c'est la connaissance du patient. Il devient l'élément central. Jusqu'à présent, nous avons soigné la maladie, pas la personne. Désormais, c'est l'inverse qu'il faudra faire. Pour y parvenir, nous avons besoin d'une approche globale de ce patient, de créer toute une structure autour de lui. L'industrie pharmaceutique l'a d'ailleurs bien compris. Elle est prête à faire sa part du travail.

-A l'heure actuelle, qu'est-ce qui entrave cette nouvelle orientation?

-Aujourd'hui, tous les systèmes sanitaires en vigueur en Europe, y compris en Belgique, sont destinés à soigner. Donc, on attend que la maladie se déclare avant d'intervenir. Ce que nous souhaitons, c'est que l'on puisse prévenir la manifestation des symptômes et intervenir avant le déclenchement de la maladie, y compris, si nécessaire, avec des mesures de type hygiénique, alimentaire, et environnementale.
Pour l'instant, en Belgique, de manière générale, un médecin peut faire appel à un laboratoire ou à l'avis d'un spécialiste uniquement dans le cadre d'une aide au diagnostic ou d'un suivi. Les examens de dépistage sont limités et les check-up rentrent dans la sphère du privé et des assurances. Il s'agit d'un problème socio-économique et philosophique.

-Et comment va-t-on procéder pour bien connaître le patient ?

-En disposant d'un profil patient! C'est-à-dire les informations génétiques, son historique familial et médical, et surtout un dossier médical dans lequel sont répertoriés tous ses paramètres, ses antécédents, ses allergies, ses pathologies, les traitements, les intolérances et les hospitalisations. De cette manière-là, il sera possible d'adapter le diagnostic, et surtout la thérapie. Sans cela, on court le risque de lui administrer des médicaments qui ne sont pas efficaces, et qui peuvent même être dangereux.

-Tout cela va demander du temps et engendrer de nombreux bouleversements...

-En effet. Mais vous savez que les révolutions ne se font pas d'un coup. Il faut bien commencer à un moment. Une première tentative a été faite avec le dossier médical global. Je pense qu'une des priorités actuelles doit être la réalisation d'un système de soins européens, tant la manière de gérer les soins de santé est disparate d'un pays à l'autre. La solidarité européenne existe déjà. Elle vient de se concrétiser avec l'entrée en vigueur de la directive "cross-border" (Ndlr : voir en page 10).

-Et qu'en est-il de la question du coût?

-Bien sûr, à court terme, cela va engendrer des coûts supplémentaires. Mais, à long terme, je suis persuadé que ce sont des économies qui seront réalisées. Créer un dossier médical, cela ne demande pas nécessairement de gros moyens et cela va permettre au médecin qui verrait pour la première fois un patient âgé de 50 ans, de ne pas devoir tout recommencer. D'où de sérieuses économies.
Avec toutes ces données, on peut aussi faire de la prévention quand les patients sont encore jeunes et éviter ainsi toute une série de gros problèmes quand ils deviennent adultes.

-Qu'en est-il des craintes selon lesquelles la médecine personnalisée va automatiquement induire un système à deux vitesses?

-Ce n'est pas une crainte. Il faut voir l'avènement de cette médecine comme un processus normal. Si on compare avec le secteur automobile, il y a la Formule 1 qui coûte très cher et la voiture de Monsieur et Madame tout-le-monde. Mais ce sont les investissements dans la F1 qui vont permettre d'améliorer nos voitures de tous les jours.
Il y a toujours une partie de l'humanité qui dispose d'une pointe d'avance mais les autres finissent par en bénéficier. C'est dans ce concept philosophique-là que nous nous inscrivons quand nous prônons les soins de santé personnalisés.

-Le dossier médical dont vous parlez, est-ce que cela ne risque pas d'être trop lourd à gérer pour les médecins?

-Si on pense encore à un dossier papier, il est évident qu'ils n'auront pas le temps de le contrôler, surtout si le patient est âgé. Cela prendrait une journée. Aujourd'hui, on parle du support informatique, d'une bioinformatique dédiée à la médecine. Cela signifie que les tests normaux ne sont pas pris en considération. Le dossier médical auquel je pense, c'est celui grâce auquel, en un simple coup d'oeil, on parvient à mettre en évidence tous les problèmes qui sortent de la normalité, toutes les maladies et tous les signes pathologiques de la personne concernée.


-Peut-on parler d'un nouveau type de médecin avec l'avènement de la médecine personnalisée?

-Effectivement. Le médecin va devoir mettre la personne du patient au centre de son attention, et pour y parvenir, il faut qu'il puisse disposer de son profil, de tous les avis des spécialistes, et des données de ses hospitalisations. En réalité, le généraliste va devenir le chef d'orchestre, celui qui est capable de lire toutes les partitions, médicales en l'occurrence, des différentes composantes de l'orchestre.

-Qu'en est-il de l'information, de la formation et de l'éducation?

-Le rôle des médias est très important, de même qu'une formation spécifique du corps médical et l'éducation des patients. Je constate que les gens sont prêts à participer. Ils demandent qu'il n'y ait plus d'erreur médicale et qu'ils ne doivent pas attendre pour avoir les résultats d'un diagnostic. En réalité, toutes les composantes du système des soins de santé sont concernées. Je songe aussi aux assureurs, aux structures médicales, aux organisations sociales et aux politiciens. Ce système est pyramidal et l'initiative, c'est de la base qu'elle viendra.

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
02 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine