Cardiologie: Quand les autorités vont-elles se ressaisir ?

Ce jeudi et demain, se tiendra le 33e congrès annuel de la Belgian Society of Cardiology (BSC). A cette occasion, le Pr Guy Van Camp, président actuel de la BSC, a convié la presse pour lui faire part des inquiétudes des cardiologues, chose plutôt inhabituelle pour une association scientifique... mais dernière solution quand toutes les autres alternatives ont été épuisées et que le modèle de concertation ne fonctionne plus.
" Aujourd'hui, la question n'est pas celle du financement de prestations techniques. Le fait est que nous nous faisons du souci pour la qualité des soins en cardiologie ". C'est en ces termes que le président de la BSC a posé le décor.
Après un an de présidence, le Pr Van Camp ne peut que déplorer le manque de vision à long terme du gouvernement. " En période de crise économique, avoir une vision est indispensable si l'on veut réaliser des économies sans réduire la qualité. Or, 2013 fut l'apogée d'un manque de vision dans la gestion du gouvernement. "
Et quand on sait que dans les pays occidentaux, la mortalité est essentiellement due aux maladies cardiovasculaires, la BSC est convaincue que cette mauvaise gestion va résulter en une diminution de la qualité, au détriment du patient.
2013 : le summum d'une gestion désastreuse
Si en 2011 et en 2012, les cardiologues avaient déjà été soumis aux économies, 2013 fut vraiment une année noire pour la profession. Mais le pire aux yeux de la BSC est que leur avis n'a jamais pesé dans la balance pour la prise des décisions finales.
Le Pr Van Camp dresse le triste bilan : " Qu'a-t-on fait en cardiologie ces deux dernières années ? On a poursuivi les réductions linéaires des remboursements et on a ouvert de nouveaux centres cardiaques. Et c'est sur cette voie que l'on va rester tant qu'il n'y aura pas un nouveau modèle de financement... "
Et le cardiologue de revenir sur l'absurdité que constitue le oui d'Onkelinx à l'ouverture de nouveaux cathlabs. "Si l'on augmente le nombre de centres, on va automatiquement avoir moins d'expertise dans les centres existants, avec une diminution de la qualité en corollaire. Plus personne ne sera intéressé par notre expertise car nous n'aurons plus des centres avec suffisamment d'expertise. Sans compter le risque que ces nouveaux centres fassent de la surconsommation afin d'arriver aux normes minimales requises ".
Pour le président de la BSC, la solution dans ce dossier était d'organiser le transport et non d'ouvrir cathlabs à tous les coins de rue.
Mesurer ? Oui, le recul !
" Ce n'est pas en mesurant des paramètres de qualité et en obligeant les hôpitaux à publier leurs résultats sur leur site internet que l'on va améliorer la situation. On va juste mesurer que la qualité est en net recul", ajoute encore Guy Van Camp.
Bref, les cardiologues en ont assez de voir les règles du jeu changer tous les trois mois et de ne pas être entendus. Voici le message qu'ils lancent aux autorités : " Donnez-nous maintenant une vision à long terme, et non une vision électoraliste à 4 ans et donnez-nous les outils nécessaires afin que nous puissions garantir des soins optimaux à nos patients, conformément aux guidelines européennes ".