Les directeurs d'hôpitaux partagés sur la question du financement all-in

Les directeurs d'hôpitaux belges craignent une perte de qualité si les pouvoirs publics décident de s'orienter, pour leurs établissements, vers un système de financement all-in. Huit responsables sur dix estiment notamment qu'un paiement strictement forfaitaire risquerait d'encourager la sélection des patients et le rejet de certaines pathologies.
Ce qui précède ne signifie pas pour autant que tous les gestionnaires hospitaliers s'opposent en bloc au financement all-in : interrogés à ce sujet, ils se montrent au contraire extrêmement divisés. Ils sont néanmoins près de huit sur dix (80%) à craindre qu'un système strictement forfaitaire n'induise une perte de qualité, et une proportion similaire prévoit qu'un tel modèle affectera de façon négative l'accessibilité des soins hospitaliers.
Ces données sont tirées d'une enquête réalisée par l'Association Belge des Directeurs d'Hôpitaux (ABDH) auprès d'une centaine de directeurs généraux et médicaux, dont les résultats ont été repris par le Dr Marc Moens dans le dernier rapport annuel du GBS.
Le Pr Pascal Verdonck, président de l'ABDH, confirme ces chiffres. " Les médecins supposent souvent que les directeurs d'hôpitaux sont automatiquement partisans d'un financement all-in parce qu'il simplifierait sensiblement la gestion de l'établissement. Pourtant, nous sommes nous aussi inquiets des effets néfastes d'une forfaitarisation complète. Les hôpitaux risquent d'avoir tendance à refuser les pathologies les moins rentables. "
Dans son rapport annuel, Marc Moens explique une nouvelle fois pourquoi le GBS continue à s'opposer aux projets de Laurette Onkelinx. La ministre de la santé a préparé une feuille de route pour réaliser d'ici à 2015 la transition vers un système de financement forfaitaire prospectif basé sur les pathologies, l'argument sous-jacent étant que le modèle mixte qui prévaut à l'heure actuelle manque de transparence et constitue une source de tensions entre les différents acteurs de terrain.
Dans un premier rapport consacré à la question, qui constituait aussi la première étape de la feuille de route de la ministre, les experts du KCE ont estimé qu'un financement forfaitaire n'aurait pas d'impact négatif sur la qualité. Un second volet est actuellement en cours de réalisation.
Reste que le Centre d'expertise des soins de santé n'a pas non plus pu démontrer qu'un système all-in améliorerait la qualité des soins. C'est surtout ce dernier point qu'en a retenu le GBS, qui plaide donc pour le maintien d'un financement à la prestation, tout en concédant qu'un système mixte tel qu'il existe en biologie clinique ou en radiologie pourrait également être acceptable.
Suite à paraître dans le Jdm du 28 février 2014