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Cancer prostatique : le coeur a ses raisons...

Une équipe internationale, dont fait partie Bertrand Tombal (UCL-St-Luc, Bruxelles), vient de publier un article fondamental sur les conséquences cardiaques de l'hormonothérapie...

Pierre Dewaele - 2 mars 2014

Chacun sait que le traitement antiandrogénique (ADT) est associé à une augmentation du risque cardiovasculaire chez les patients présentant un cancer prostatique. Les chercheurs ont comparé de ce point de vue les agonistes de la GnRH à un antagoniste. Ils ont réalisé une étude poolée de 6 études prospectives randomisées de phase 3 ayant rassemblé 2328 patients avec un cancer prostatique confirmé entre 2005 et 2012. Le score ECOG était inférieur à 2 et la durée de vie minimum attendue était d'au moins un an. Aucun des patients n'avait été traité par antiandrogènes. Ont été exclus de l'analyse les hommes présentant un allongement du QT (même corrigé), d'autres facteurs de risque de défaillance cardiaque, une hypokaliémie et/ou un autre cancer diagnostiqué dans les 5 années. Les participants ont été randomisés pour recevoir soit 3 à 7 mois d'un agoniste (n=642) soit 12 mois de traitement par un antagoniste (n=1686). L'objectif était d'analyser les causes de décès ou d'évènements cardiovasculaires : un accident thrombotique ou une embolie, un AVC hémorragique ou ischémique, un infarctus ou d'autres troubles ischémiques cardiaques. Un certain nombre de patients présentaient, au moment de l'admission dans l'étude, un passé cardiaque : 31,1% dans le groupe antagoniste (n=463) et 29,3% dans l'autre groupe (n=245). Les groupes étaient assez bien équilibrés tant en ce qui concerne le nombre de patients que le type de pathologies cardiaques. Les résultats laissent peu de place aux doutes. Chez les patients présentant ce passé cardiaque, la mortalité et les évènements cardiovasculaires ont été réduits de plus de la moitié s'ils étaient traités par l'antagoniste plutôt que par l'agoniste (HR=0,438 ; 95%CI : 0,260-0,736 ; p=0,0018). Traiter le patient par antagoniste permet donc une baisse relative de survenue de ces évènements de 56% et de 8,2% en risque absolu au cours de la première année de traitement.

Dans leur discussion, les auteurs estiment que l'ADT constitue un facteur de risque cardiovasculaire en soi. En outre, ils insistent pour dire que les patients sous ADT sont traités aujourd'hui pour des périodes très longues engendrant plus d'effets secondaires comme les bouffées de chaleur, la perte de libido, des dysfonctions sexuelles, de la fatigue, de l'anémie, une perte osseuse et des modifications métaboliques contribuant au risque cardiovasculaire.

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