Évaluation du risque de pancréatite sous incrétines
Tant l'EMA que la FDA nourrissaient quelques inquiétudes quant à la sécurité des antidiabétiques à base d'incrétines, surtout depuis la publication de rapports post-marketing consacrés à la pancréatite et aux tumeurs du pancréas chez les patients qui prenaient ces médicaments. Les deux agences viennent toutefois de boucler leurs enquêtes respectives (de manière indépendante l'une de l'autre), avec des résultats rassurants.
Les conclusions de l'EMA et de la FDA ne sont certes pas encore définitives, mais les données actuellement disponibles n'ont pas permis de confirmer un quelconque lien de cause à effet entre un traitement antidiabétique à base d'incrétines et la survenue d'une pancréatite ou d'une tumeur du pancréas.
Pour parvenir à cette conclusion, la FDA a réalisé une revue de plus de 200 études regroupant un total d'environ 41.000 patients, dont un peu plus de 28.000 prenaient des incrétines (15.000 durant 24 semaines ou plus, 8.500 durant 52 semaines ou plus). L'EMA a réalisé de son côté une revue comparable de toutes les études consacrées aux incrétines commercialisées en Europe.
Les études pré-commercialisation avaient relevé une faible différence dans l'incidence de la pancréatite, mais le nombre total de cas reste très faible. Une analyse poolée des données de 14.611 diabétiques de type 2, tirées de 25 études cliniques sur la sitagliptine, n'a pas pu confirmer l'existence d'un risque accru de pancréatite ou de cancer du pancréas. Les études cliniques qui avaient réalisé un suivi systématique des taux d'amylase et de lipase avaient observé que les incrétines provoquaient bien une augmentation des taux enzymatiques, mais sans sortir des valeurs normales. En outre, ces taux accrus ne s'accompagnaient d'aucun effet secondaire gastro-intestinal.
Deux études randomisées, en double aveugle et contrôlées par placebo se sont intéressées à la sécurité cardiovasculaire de médicaments de ce type chez des diabétiques de type 2 : SAVOR pour la saxagliptine (n = 16.492) et EXAMINE pour l'alogliptine (n = 5.380). Toutes deux ont observé un nombre de pancréatites aiguës globalement faible et comparable dans le groupe traité et le groupe placebo (22 et 16 cas dans l'étude SAVOR, 12 et 8 cas dans l'étude EXAMINE). Un cancer du pancréas a été relevé chez 5 et 12 patients de l'étude SAVOR ; dans l'étude EXAMINE, il n'y en a eu aucun.
A ce stade, les résultats sont donc plutôt rassurants. Tant que nous ne disposerons pas de données supplémentaires, le risque de pancréatite ne pourra toutefois pas être complètement écarté, et la prudence reste donc de mise.