Asthme, eczéma, rhinite, des phénotypes différents d'une même atteinte allergique ?
Asthme, eczéma et rhinite coexistent souvent chez l'enfant et sont souvent attribués à un mécanisme allergique commun sous-tendu par une sensibilisation aux IgE. Un raisonnement a priori logique sauf que...
Sauf que cette belle construction intellectuelle est contredite par l'évaluation des données issues d'analyses transversales et d'une évaluation longitudinale ayant concerné 16.147 enfants âgés de 4 ans et 11.080 enfants âgés de 8 ans inclus dans 12 études de cohorte de naissance européenne constitutives du projet MeDALL (Mechanisms of the Development of ALLergy).
La coexistence de deux ou des trois affections susmentionnées chez le même enfant était définie comme étant une comorbidité. Une estimation de l'excès de comorbidité (part qui ne peut être expliquée par le seul hasard) a été faite par comparaison des prévalences estimées et observées de ces 3 affections à 4 ans et 8 ans.
L'excès absolu de toute comorbidité était de 1,6 % pour les enfants âgés de 4 ans et de 2,2 % pour les enfants âgés de 8 ans et respectivement 44% et 50% de cet excès ne pouvaient s'expliquer par le hasard.
La probabilité de comorbidité (2 ou 3 affections) à l'âge de 8 ans varie de 36% (IC 95 % 27-49) pour les enfants avec rhinite et eczéma à 4 ans à 64% (IC 95 % 52-78) pour les enfants avec les 3 affections à 4 ans. L'évaluation longitudinale indique que la probabilité de comorbidité à 8 ans est plus élevée pour les sujets qui à 4 ans présentaient des comorbidités sans sensibilisation aux IgE.
Le rôle étiologique de la sensibilisation est attesté par le développement de comorbidités à 8 ans chez des enfants qui à 4 ans en étaient indemnes, mais qui présentaient une sensibilisation attestée par des taux élevés d'IgE. Cependant, les investigateurs soulignent que cela n'explique que 38% des comorbidités documentées à 8 ans.
Au-delà des chiffres, le message essentiel de ce travail est que la sensibilisation est bien un facteur qui explique le surcroit de prévalence d'asthme, d'eczéma et de rhinite, mais qu'elle n'en explique que moins de 40%.