Affaire des cellules STAP : la chercheuse japonaise sur la sellette
Patronne d'une unité de recherche du laboratoire public japonais Riken, le Pr Haruko Obokata, " créatrice " de cellules pluripotentes dites STAP, a été accusée mardi d'irrégularités et menacée de sanctions. Mais la chercheuse japonaise rejette le réquisitoire cinglant du comité d'enquête scientifique de ce même laboratoire.
Fin janvier, la revue Nature publiait deux articles (voir notre news du 31 janvier 2014) prometteurs d'une révolution dans le domaine de médecine régénérative. Haruko Obokata y présentait un protocole inédit (bain dans une solution d'acide citrique, passage dans une centrifugeuse et mise en culture) permettant d'obtenir des cellules STAP (stiumulus-triggered acquisition of pluripotency, acquisition de pluripotence par stimuli) à partir de cellules matures. Le but : faire revenir ces cellules à un stade antérieur, quasi embryonnaire, sans passer par des manipulations génétiques.
Depuis lors, la communauté scientifique internationale s'agite autour de cette découverte. Plusieurs laboratoires du monde entier ont tenté de reproduire les résultats. En vain.
Au Japon, le temps des soupçons a très vite succédé à la fierté nationale. Un des cosignataires des travaux a en effet demandé il y a quelques semaines que la publication des résultats soit retirée, contestant les données présentées.
Dans la foulée, le Riken a constitué un comité d'enquête. Il vient de rendre un rapport dont les conclusions sont très sévères. " Manque d'éthique, d'humilité et d'intégrité ", a asséné le président du comité, le Pr Shunsuke Ishii.
Selon ce rapport, qui a étudié de près six bizarreries signalées, deux actions sont assimilables à des fraudes. Il est notamment reproché au Pr Obokata d'avoir mélangé des " images issues d'expériences différentes ", d'avoir utilisé des " données antérieures ", et d'avoir bâclé " la façon dont elle a géré ses notes. "
Menacée de sanctions par le président du Riken, la jeune femme s'est insurgée et a fait part de son intention de déposer une objection officielle auprès de l'Institut japonais.
A ce stade, les conclusions du comité d'enquête ne signifient cependant pas que les cellules STAP sont pure invention. Selon le Riken, il faudra environ un an pour mener des recherches supplémentaires qui permettront de conclure ou non à leur existence.