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Un manifeste pour une prise en charge responsable des addictions aux opiacés

Les Drs Dominique Lamy, MG spécialisé en assuétude et Marc Reisinger, vice-président de l'European Addiction Treatment Association demandent, à l'occasion des élections de mai, que les politiciens s'accordent sur une " vision responsable de la prise en charge de l'assuétude aux opiacés ". Selon ces experts, la Belgique ne répond pas à toutes les exigences en la matière alors que 60.000 Belges consomment ou ont consommé ce type de substances. Ils estiment que ces addictions doient être traitées comme des maladies chroniques récidivantes.

Nicolas de Pape - 4 avril 2014

Moins de 20.000 héroïnomanes sont sous traitement de substitution dans notre pays. Seuls 13% des MG prennent ce type de patientèle en charge. En prison, 36% des détenus le sont pour usage de drogues - 54 fois plus que la population générale. 12% des détenus ont expérimenté la drogue et l'héroïne pour la première fois en prison et 3% de la population carcérale est sous traitement de substitution.

A ces points de vue, la Belgique " ne remplit pas à toutes les exigences émises par l'OMS par rapport à la prise en charge de l'assuétude ", dénoncent les deux médecins. Les données épidémiologiques ne sont pas complètes et les progrès des neurosciences doivent davantage pousser les médecins à modifier leur prise en charge des assuétudes.

Pour les Drs Lamy et Reisinger, l'assuétude doit être traitée comme une maladie chronique récidivante. La reconnaître comme telle permettrait de déboucher sur des traitements ad hoc. Plutôt que le sevrage dur souvent suivi de rechute, les experts recommandent la réduction progressive de l'usage des drogues illicites, la lutte contre le mésusage des produits de substitution, l'accompagnement multidisciplinaire et le concept de 'recovery' (évolution vers une vie normalisée plutôt que sevrage pur et simple).

Ceci n'est possible que par l'entremise d'un plan en huit points : sécurité des traitements, vraie accessibilité aux traitements, respect des recommandations de bonne pratique, formation des futurs médecins " addictologues " dont formation continue, implication de tous les acteurs dans la chaîne d'accompagnement des héroïnomanes et, enfin, valorisation des soins en prison et à la sortie de prison par des médecins dûment formés.

Car, cerise sur le gâteau, l'addiction a un coût. Enorme. L'addiction à l'héroïne coûterait 15,4 milliards de Livres par an, selon le National Health Survey, rien qu'en Grande-Bretagne (2012). S'ajoute le coût annuel des crimes liés à la drogue d'un montant évalué à 13,9 milliards de Livres. Quant à la charge financière pour les familles et l'entourage, elle est sans doute incalculable.

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