Traitement de l'arthrose: Dites maintenant "SYSADOA" !
SYSADOA est le nouvel acronyme pour "Symptomatic Slow Acting Drugs in Osteo-Arthritis", une classe de trois molécules, la glucosamine, la chondroïtine et l'acide hyaluronique, qui ces dernières années ont beaucoup alimenté les débats. De nouvelles données permettent d'y voir un peu plus clair notamment en terme de "effect size".
Ces trois molécules suscitent aujourd'hui des débats importants. Les partisans y voient un traitement de la douleur simple et peu coûteux, les détracteurs n'y voient qu'un effet placebo, confortés en cela par les résultats contradictoires des études cliniques.
Que l'on y croie ou non, le point important est que les SYSADOA figurent aujourd'hui dans les recommandations de l'OARSI (Osteoarthritis Research Society International) avec un niveau de preuve suffisant dans la gonarthrose et la coxarthrose. Faut-il en déduire que nous avons plus de certitudes que par le passé ?
Pour le Pr Maheu, la mention "peut être utile" ou "peut procurer un bénéfice" signifie seulement que le Comité scientifique en charge de l'examen des données a trouvé peu d'évidences pour prôner une recommandation, considérant que le traitement a une faible efficacité.
De fait, 4 méta-analyses réalisées entre 2003 et 2005, incluant une centaine de publications ont fourni des conclusions contradictoires. Une plus récente1 datant de 2011 analysant 54 publications, montre après 3 mois de traitement par SYSADOA, un "effect size" (ES) maximum à 8 semaines de 0,45 à 0,68 sur la douleur évaluée par l'échelle VAS alors qu'il n'est que de 0,29 à 0,35 pour les AINS et 0,13 à 0,22 pour l'acétaminophène. Or on considère qu'un ES > 0,20 procure un bénéfice, ce qui amène l'auteur à conclure que l'acide hyaluronique intra-articulaire est prometteur dans la gonarthrose avec peut-être aussi un effet retardateur de la chirurgie.
Pour la glucosamine, les études se sont attachées à déterminer son effet sur la consommation en analgésiques et en AINS, et l'impact de la formulation chimique de la molécule (forme sulfate ou hydrochlorée). Une étude Cochrane de 2009 incluant 27 essais cliniques2 (4.963 patients) révèle une hétérogénéité d'efficacité qui serait due à la forme chimique utilisée, avec cette constatation que seule la forme sulfate amène une amélioration significative de la douleur et de la fonctionnalité dans l'arthrose symptomatique. Enfin, dans cette méta-analyse3 de 2012, la glucosamine comparée au placebo a un effet favorable sur le pincement de l'interligne articulaire (HR = 0,25).
L'étude PEGASUS
PEGASUS4 est une étude d'envergure évaluant l'impact des SYSADOA (sulfate de glucosamine cristalline, glucosamine hydrochlorée, sulfate de chondroïtine, insaponifiables d'avocat / soja et diacéréine) sur la consommation en AINS chez 315 patients (âge moyen: 66 ans, 63,6% de femmes, BMI moyen: 28) avec un diagnostic d'arthrose du genou ou de la hanche selon les critères ACR, naïfs de SYSADOA pour plus de 3 mois. La durée de l'arthrose est supérieure à 5 ans chez 30,8% des patients avec une sévérité de la douleur de 5,6 sur une échelle de 0 à 10.
Le sulfate de glucosamine signe le meilleur OR (0,64 contre 0,95 pour la forme hydrochlorée), la chondroïtine est à 0,94. Pour le Pr LC. Rovati (Milan), plusieurs conclusions peuvent être tirées de cette étude : le résultat de la glucosamine sulfate cristalline s'explique par le fait qu'il s'agit d'une forme stabilisée de grade pharmaceutique à ne pas confondre avec les préparations instables vendues dans les supermarchés. Elle permet de réduire la consommation des AINS et agit significativement sur les symptômes de l'arthrose de la hanche et du genou, avec une réduction de 36 à 26% selon les études.