Arrêt tabagique et cancer du poumon : ne pas mégoter...
Beaucoup de patients présentant un cancer du poumon pensent qu'arrêter de fumer est désuet puisqu'ils ont déjà développé leur cancer ; certains médecins le croient également. C'est faux !
Virginie Westeel (Besançon) a marqué les esprits lors de l'European Lung Cancer Conference, Genève 26-29 mars 2014, avec son travail posant la question du bien fondé d'un objectif d'arrêt tabagique chez des patients souffrant d'un cancer pulmonaire. En effet, lors du diagnostic 50% des patients arrêtent de fumer, mais au fil du temps 35% recommencent.
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Warren et ses collègues (1), en 2013, ont mené enquête menée en 2013 auprès de 1507 membres de l'International Association for the Study of Lung Cancer (IASLC), soit 40% des membres cotisants, a montré que plus de 90% des médecins étaient convaincus que la poursuite du tabagisme était délétère pour le patient. Mais seuls 39% proposaient aux patients une assistance pour arrêter effectivement de fumer. La raison principale est que les prestataires de soins sont relativement pessimistes par rapport à l'efficacité de leurs démarches pour inciter le patient à stopper l'usage du tabac et bon nombre pensent que le patient refusera cette aide (1).
Pourtant, il est possible d'expliquer aux patients, chiffres à l'appui, que la poursuite du tabagisme est vraiment mauvaise. Les études prospectives ne montrent pas d'impact pertinent sur la survie, en revanche, la qualité de vie des patients qui continuent à fumer est nettement réduite avec une persistance, voire une aggravation de la toux et de la fatigue, une diminution des activités quotidiennes ainsi que la présence plus marquée de douleurs. Autant d'arguments sur lesquels les médecins traitants peuvent insister.
Par ailleurs, chez les patients pris en charge avec une intention curative, l'arrêt tabagique réduit les complications post-opératoires de manière significative, même si cet arrêt survient très peu de temps avant l'intervention : il faut compter quand même quelques semaines.
Il n'y a donc aucun motif valable qui permettrait d'argumenter en faveur de la poursuite du tabagisme, même chez un patient cancéreux...
1-Warren GW et al. Practice patterns and perceptions of thoracic oncology providers on tobacco use and cessation in cancer patients. J Thorac Oncol. 2013 May;8(5):543-8.