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Nez et vagins reconstruits : les nouvelles avancées de l'ingénierie tissulaire

Pour la première fois, des chirurgiens sont parvenus à reconstruire des nez et des vagins avec des tissus biologiques fabriqués à partir de cellules prélevées sur les patients eux-mêmes et ils ont réussi à les implanter avec succès. Ces deux organes s'ajoutent à la liste croissante des greffons reconstitués grâce à l'ingénierie tissulaire.

Luc Ruidant - 22 avril 2014

La première expérience, sans doute la plus impressionnante, a consisté à implanter des vagins reconstitués en laboratoire chez quatre jeunes filles atteintes du syndrome Rokitansky-Küster-Hauser, une maladie congénitale rare caractérisée par l'absence partielle ou totale du vagin et de l'utérus.

Les chercheurs américains et mexicains ont d'abord prélevé sur les patientes, alors âgées de 13 à 18 ans, des cellules de la vulve qu'ils ont mises en culture puis réparties sur un moule biodégradable en collagène ayant la forme d'un vagin. A l'extérieur de cette structure ont été ajoutées des cellules musculaires. La structure a ensuite été déposée dans une cavité formée pour l'occasion au niveau de l'abdomen des jeunes filles.

Huit ans après leur opération, les quatre femmes ne présentent pas de dysfonction particulière. Ravies du résultat, elles assurent avoir une vie sexuelle épanouie.

Cette méthode est plus avantageuse que les approches traditionnelles qui consistent à recréer un vagin avec un morceau de côlon, une opération très lourde, ou avec de la peau, ce qui ne permet pas d'éprouver des sensations " normales ".

Confirmant également les promesses de la médecine régénérative, des chercheurs du CHU de Bâle ont permis à trois hommes et deux femmes âgés de plus de 75 ans et souffrant d'un cancer cutané au niveau du nez de conserver des narines fonctionnelles et d'apparence normale après l'ablation de la tumeur. Un an après les interventions, les cinq patients n'avaient signalé aucun effet indésirable notable.
Pour cela, l'équipe du Pr Ivan Martin a prélevé de minuscules fragments de cartilage dans la fosse nasale des patients avant leur opération. Les cellules ont été mises en culture pour les faire se multiplier, puis elles ont été disposées sur un échafaudage en collagène où elles ont continué de croître. Cette manipulation a permis d'obtenir au bout d'un mois 40 fois plus de cartilage que la quantité prélevée.
Par rapport à une greffe classique de cartilage, cette méthode est moins douloureuse et le cartilage obtenu est mieux accepté par le système immunitaire du patient.

Bien que ces options thérapeutiques restent pour le moment très expérimentales, les spécialistes s'accordent à dire qu'elles seront incontournables lorsque les coûts de fabrication auront diminué et que la sécurité aura été démontrée à plus grande échelle.

(références: The Lancet, 11 avril 2014, doi:10.1016/S0140-6736(14)60542-0 et doi:10.1016/S0140-6736(14)60544-4)

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