Rôle de l'allergie dans l'asthme chez l'adulte
En Europe - et par conséquent aussi en Belgique -, les acariens représentent la première cause d'allergies respiratoires chez l'adulte. Trente à cinquante pourcent des patients asthmatiques sont allergiques aux acariens. Viennent ensuite les allergies aux graminées, au bouleau, au chat/chien. Si on ajoute l'Armoise vulgaire à ces allergies, le groupe comprend 95% des patients souffrant d'allergies respiratoires.
La prévalence de l'asthme dans une population non-atopique s'élève à 5,6%. Pour une population atopique, elle grimpe à 13%, dont 7,4% peuvent réellement être attribués à l'atopie, mais pas les 5,6 restants.1
Facteurs allergènes et non allergènes
La sensibilisation aux acariens peut doubler le risque de devenir asthmatique, voire même quadrupler. L'effet sera variable en cas de sensibilisation aux poils de chat (modulation par IgG4) et inexistant lors d'une sensibilisation aux pollens. Parmi les facteurs non allergènes jouant un rôle dans le développement de l'asthme figurent les infections respiratoires sévères avant l'âge de trois ans. Leur impact est même plus important qu'une sensibilisation aux acariens. Dans la plupart des cas, il s'agit de virus: rhinovirus humain (OR 9,8), VRS (OR 2,6) ou les deux ensemble (OR 10,0). Le processus est toutefois plus compliqué. Certains gènes, comme le gène ADAM33, sont en effet liés à l'asthme, indépendamment de l'atopie. La relation asthme-allergie n'est pas simple: en cas d'asthme existant, le rôle des allergènes est certainement essentiel lors de la phase d'initiation de l'inflammation. Mais ensuite, l'inflammation va continuer à évoluer progressivement, indépendamment de l'exposition aux allergènes. "Nous voyons cela en cas d'asthme professionnel. Seulement 13% des patients seront en rémission après l'arrêt complet de l'exposition", estime le professeur Charles Pilette (Cliniques universitaires St-Luc, UCL, Bruxelles).2
Pas une maladie à visage unique
Le rôle de l'allergie dans l'asthme peut être multiple. Il y a d'abord l'asthme allergique relativement propre. En cas d'allergie au pollen, l'asthme est associé à une rhinoconjonctivite au caractère saisonnier. L'allergie aux poils d'animaux et éventuellement aux acariens sont possibles. Si la responsabilité des allergènes dans l'asthme est prouvé, la désensibilisation est le seul traitement éthiologique. Sous l'influence de certains facteurs environnementaux, comme les infections virales, l'asthme peut évoluer jusqu'à devenir persistant/chronique pour éventuellement être de l'ordre de l'asthme intrinsèque, du moins en partie. On peut ensuite se trouver face à de l'asthme purement intrinsèque ou de l'asthme non allergique. Il s'agit alors du phénotype d'asthme sévère.
Evolution de l'asthme
Dans une étude récente menée en Australie3, l'évolution de l'asthme a été examinée en fonction des caractéristiques initiales. Les chercheurs ont étudié un groupe de 458 enfants caractérisés par une respiration sifflante ou un asthme sévère dès l'âge de 7 ans. A 50 ans, la rémission de l'asthme était de 64% parmi les enfants souffrant de bronchites asthmatiformes épisodiques, de 47% chez les enfants atteints d'asthme persistant (à partir de l'adolescence) et seulement de 15% parmi ceux qui souffraient d'asthme sévère. Les seuls patients qui, à 50 ans, ont vu leur fonction pulmonaire réduite, figuraient parmi les enfants dont l'asthme sévère s'était déclaré à l'âge de 7 ans. La gravité de l'asthme est déterminante dès le plus jeune âge et une fois le diagnostic posé, un traitement efficace est exigé.