Pesticides: le danger vient principalement de l'air
Selon une directive européenne, il est interdit de pulvériser des pesticides dans l'air. Or, de nombreuses dispenses sont accordées. Les employés qui appliquent les pulvérisations, ceux qui devront s'activer dans les champs ainsi que les habitants avoisinnant sont exposés aux pesticides. Cette exposition a-t-elle des conséquences sur la santé respiratoire?
"La France figure en tête des pays européens en terme de tonnes de pesticides vendus. Elle occupe la quatrième place au niveau mondial", prévient le Professeur Chantal Raherison-Semjen (Pneumologie, CHU Bordeaux).1 "Leur usage est fréquent en zone rurale. La plupart des pesticides vendus sont des fongicides utilisés pour les vignes, les céréales et les arbres fruitiers. Viennent ensuite les pesticides pulvérisés sur le maïs, le colza et le blé. Les insecticides arrivent en 3e position."
Expositions directes et chroniques
Des données expérimentales sur le mécanisme de fonctionnement des pesticides sont disponibles. Par exemple, les organophosphates influencent, en tant que neuromédiateurs, l'hyperréactivité bronchique. D'un autre côté, des facteurs immunologiques jouent un rôle dans l'asthme atopique et les allergies. Il existe également des modèles montrant que des fongicides tel que le folpel sont toxiques pour l'épithélium bronchique. Les particules comprises entre 0 et <10 micron sont suffisamment petites pour y pénétrer par inhalation. La littérature nous informe à propos des pesticides et du cancer (système nerveux central, lymphomes), de la démence et de la maladie de Parkinson ainsi que de problèmes de fertilité.
Dans le secteur de l'agriculture, les personnes sont souvent exposées pendant une longue durée, parfois à de fortes doses. Alors qu'on a longtemps cru que les pesticides se propageaient par la peau, on sait à présent qu'ils pénètrent principalement par l'air et par les voies aériennes. Des cas de fibrose pulmonaire ont été rapportés après des intoxications directes au paraquat et à d'autres organophosphates.
Effet sur les voies aériennes
Une cohorte américaine composée de plus de 89.000 agriculteurs (de 1993 à 1997) poursuivait plusieurs objectifs: suivre la morbidité et la mortalité, documenter les expositions aux pesticides et établir une étude cas-controle sur le développement des maladies chroniques.2
Une première étude a démontré un risque accru de respiration sifflante avec cinq des quarante pesticides connus (aussi bien des organophosphates et des herbicides que des pyréthrinoïdes) auprès des agriculteurs et des personnes ayant appliqué ces produits.3
Dans un sous-groupe de 20.000 agriculteurs, l'usage de l'heptachlore engendrait un risque plus élevé de contracter une bronchite chronique (OR 1,71). Les organophosphates, les carbamates et les pyréthrinoïdes ont également été pointés du doigt. Il existait une relation dose-effet.4
Asthme et pesticides
Un groupe de 25.000 femmes de la même cohorte a présenté un risque accru d'asthme chez les patientes atopiques qui étaient exposées aux pesticides, et plus particulièrement aux herbicides (OR 1,43), aux insecticides (OR 1,43) et aux fongicides (OR 2,61).5 Enfin, dans la chorte française AGRICAN, réalisée auprès de plus de 18.000 agriculteurs, un risque élevé d'asthme allergique a été observé (OR 1,35) chez les sujets travaillant dans les vignes et les champs où avaient été utilisés des herbicides.6