Polyarthrite rhumatoïde: boire et / ou fumer ?
Selon une récente étude, le tabagisme est un facteur de risque indépendant de progression radiologique dans la polyarthrite rhumatoïde précoce. Mais on sait par ailleurs que l'alcool aurait tendance à réduire la progression radiologique. En résumé, au pire mieux vaut être buveur et fumeur plutôt que fumeur et non buveur. Alors à quel vice se vouer ?
Le tabagisme est reconnu pour multiplier par 2 le risque de polyarthrite rhumatoïde et diminuer l'efficacité du traitement par méthotrexate (MTX) ou anti-TNF. Dans la cohorte suédoise EIRA (1.756 patients), 40 % des fumeurs sont non répondeurs au MTX vs 28 % des non-fumeurs (OR=1,8 ; 95%CI 1,2-2,7) et 38 % des fumeurs anciens ou actuels sont non répondeurs aux anti-TNF vs 25 % des non-fumeurs (OR=1,8 ; 95%CI 1,1-3,2), en association ou non avec le MTX. L'explication tiendrait dans des changements d'expression géniques et des modifications post-translationnelles dans le tissu synovial. Mais qu'en est-il de l'effet du tabac sur la progression radiologique ?
Le tabac lié à la progression
Cette nouvelle analyse1 tire parti des patients de l'étude SWEFOT, mis sous MTX ou sous sulfasalazine+hydroxychloroquine ou infliximab en cas de non réponse à 3 mois. A 1 an, 25% des patients ont une progression radiologique sur base d'un changement (>5) du score de Sharp / van der Heijde (SHS). Au départ, les facteurs indépendants prédictifs de progression sont la présence d'érosions (OR=2,29, CI95% 1,24-4,24), une VS élevée (OR = 1,72, CI95% 1,12-2,65), une CRP élevée (OR=1,52, CI95% 1,03 to 2,26) et un tabagisme (OR=2,17, CI95% 1,06-4,45). Ces résultats ne changent pas après ajustement selon les traitements. Un facteur rhumatoïde positif et des anti-CCP ne sont pas significativement associés à la progression radiologique sur base d'un seuil >5 du score SHS, mais le sont pour un seuil >1 sans ajustement selon traitement.
Fumer et/ou boire ?
Pour les auteurs, le tabagisme est un puissant facteur de risque indépendant de progression radiologique dans la PR débutante. Mais une autre étude2 incluant 2.908 patients avec une PR suivis pendant 3,9 ans, a montré que la consommation d'alcool aurait tendance à réduire la progression radiologique (taux moyen 0,99% vs 1,13% chez les non buveurs) à 1 an, avec une courbe en J signifiant un effet favorable chez les buveurs occasionnels (p = 0,01) et réguliers sans exagération (p = 0,001) et un effet aggravant chez les vrais alcooliques (p = 0,0001). Au pire, mieux vaudrait donc être fumeur et buveur que fumeur et abstinent....