La situation des internés belges sous la loupe d'un colloque à Bruxelles
Il faut sortir les internés des prisons, où ils sont encore trop souvent placés faute de mieux, estiment des experts en droit et en psychiatrie, réunis avec quelque 200 autres participants au parlement fédéral pour un colloque intitulé "No Exit - Existe-t-il un espoir pour les internés? " organisé mercredi par le Conseil supérieur de la Justice.
Le colloque s'est ouvert en matinée avec un documentaire donnant la parole aux internés. Dans l'après-midi, la ministre de la Santé publique Laurette Onkelinx a reconnu que "la problématique est très large" et dépasse les compétences de son ministère.
Elle a souhaité que les prochains gouvernements -avec la Justice et la Santé au fédéral, et les gouvernements régionaux et communautaires- s'unissent pour travailler à des solutions.
Elle a rappelé qu'un cadastre était en cours d'établissement pour définir le profil des internés. Des équipes mobiles ont été mises en place pour aller à la rencontre de ces internés. Mais il manque encore de structures de diagnostic et de traitement, a-t-elle reconnu.
Les autres intervenants, avocats, magistrats ou psychiatres, ont tous plaidé pour que les internés sortent des prisons.
"Les internés sont des malades, pas des condamnés", a rappelé Réginald de Béco, avocat au barreau de Bruxelles.
Jos Vander Velpen, avocat et président de la Ligue flamande des droits de l'homme, a insisté sur l'importance de la mise en oeuvre de la nouvelle loi. "C'est la première fois que le droit aux soins et au traitement est consacré dans la loi", a-t-il relevé. Il a rappelé les nombreuses condamnations encourues par la Belgique en matière de conditions d'internement et a mis en garde: "Strasbourg est en train de perdre patience! "
Le magistrat et professeur de droit pénal Damien Vandermeersch s'est étonné du tempo "surprenant" suivi par la Chambre pour adopter la nouvelle loi sur les internés, dont l'entrée en vigueur n'est pourtant prévue que début 2016. "Cette loi ne peut se concevoir sans les moyens nécessaires", a-t-il prévenu.
La possibilité de faire peser le coût de l'internement sur le patient ou sa famille a été qualifiée de "non-sens" par le psychiatre Paul Cosyns, de même que par les autres intervenants. "C'est faire croire qu'on peut faire résoudre les problèmes financiers en faisant payer le patient", a commenté Damien Vandermeersch, craignant l'instauration d'une Justice à deux vitesses. "La ministre m'a assuré que cette possibilité n'avait jamais été appliquée et qu'elle ne le serait pas, mais peut-elle vraiment engager les futurs ministres? ", s'est interrogé Eric Staudt, coprésident du CSJ.
Johan Kalonji, psychiatre à la prison de Forest, a plaidé pour que la psychiatrie légale soit mieux enseignée dans le cursus de base des étudiants en psychiatrie, pour combattre les "peurs et préjugés" dont souffrent encore trop les internés. Une meilleure (in)formation des professionnels permettrait de faciliter l'arrivée des internés dans le réseau de soin.