Bilan Fadila Laanan : Sans moyens, un bilan... moyen
L'heure est au bilan pour la ministre socialiste de la Santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Fadila Laanan. Attendue sur des dossiers importants comme la prévention du cancer du sein, la vaccination, la réforme du code de la santé, elle n'a pas réussi, en cinq ans, de grandes réformes dans le secteur.
Le maigre budget dont elle disposait ne lui a certes pas facilité la tâche mais cette "excuse" était déjà reprise en choeur par les précédentes ministres de la Santé. C'est sans aucun doute le plus grand changement qui attendra la ou le futur ministre de la Santé de tous les francophones puisqu'il aura de nouvelles compétences et de nouveaux moyens... Même s'il n'aura pas nécessairement plus de budget pour gérer l'ensemble des matières.
Commençons par les dossiers qui fâchent, dans ce bref bilan de cinq ans de ministère pour Mme Laanan. Le plus gros couac de la ministre de la Santé est sans conteste le code de la santé et l'organisme qu'elle souhaitait créer pour améliorer le fonctionnement et la cohésion entre opérateurs, et coordonner le secteur de la promotion de la santé. Mais elle ne considère pas cela comme un échec: "Les transferts de compétence ont ralenti cette réforme essentielle". Selon ses détracteurs, elle n'avait pas le soutien de sa majorité et, surtout, le projet rendu par les consultants ne tenait pas compte de la réalité du secteur. "J'ai dû faire face à de nombreux conservateurs sur ce dossier", ajoute-t-elle pour se défendre.
Il y a un autre dossier essentiel pour lequel Fadila Laanan n'a pu améliorer la situation laissée par les ministres précédents, c'est celui de la prévention du cancer du sein. Un véritable échec, avec des chiffres qui ne diminuent pas et toujours aussi peu de femmes qui "osent" réaliser le dépistage. Mais pourquoi? La ministre soutient que les médecins généralistes ne sont pas assez attentifs et porteurs" par rapport à ce type de prévention. Ce n'est pas l'avis de tous les médecins généralistes, loin de là. Pour les cancers en général, la ministre bruxelloise a lancé de grandes campagnes de sensibilisation (dépistages du cancer du côlon, du sein et prévention du cancer du col de l'utérus) et un projet pilote d' "ambassadeur prévention" qui a fait parler de lui. Cette ambassadrice prévention a visité des médecins généralistes de la zone pilote du grand Mons, de la Région du Centre et de l'Ouest de Charleroi. Sans savoir si le projet sera reconduit par le ou la futur(e) ministre de la santé, il semble que cette initiative (sur l'aspect de la sensibilisation) ait connu un certain succès auprès des MG de la région.
Enfin, un autre des grands chantiers de Laanan a été la promotion de l'alimentation saine et la mise à disposition d'un cahier spécial des charges auprès de toutes les écoles primaires et secondaires. Cette réforme reste aussi incomplète! A l'intérieur du gouvernement, elle n'a pu pousser à l'interdiction des sodas dans les écoles. Une vraie réflexion sur les sucreries et leur impact direct sur la santé des plus jeunes (surpoids et dentition) n'a pas non plus été menée à son terme.
Les petits succès et les épines en 5 ans
Depuis le début de son mandat, Fadila Laanan manifeste une sensibilité certaine aux inégalités sociales de santé. "Comment lutter contre ces inégalités en amont des soins, dans le champ de mes compétences?", n'hésitait-elle pas à s'inquiéter.
Mais cette préoccupation a été court-circuitée, faute de moyens sur le long terme. En voulant éviter une politique de prévention "venue d'en haut", la ministre a lancé un appel à projets en 2010, 2011 et 2012 auprès de toutes les communes et tous les CPAS de Bruxelles et de Wallonie. "Les communes peuvent agir sur un ensemble de déterminants pour améliorer la santé", aspirait-elle. En trois ans, elle a pu soutenir 139 projets de communes et de CPAS pour un montant total de 1.225.000 euros. Malheureusement pour elle, son financement a été coupé. Ce projet n'a donc pas pu être poursuivi en 2013 et 2014. Un manque de travail à long terme qui ne permet pas de récolter les fruits espérés de ce type de prévention.
Un autre dossier s'est avéré difficile pour la majorité en place : l'EVRAS (l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle). Pour la ministre, "c'est une mesure résolument progressiste, qui demande une volonté ferme pour vaincre les résistances (les parents rétifs à l'intervention de l'école sur ces enjeux sensibles, l'idéologie des enseignants et de la direction de l'école, les jeunes eux-mêmes...)". Pour l'opposition, la réforme n'a pas été complète et n'a pas tenu compte de toutes les sensibilités des parents et du monde médical.
En matière de vaccination, la ministre a dû faire face à un mouvement citoyen très virulent s'opposant aux vaccins et à une augmentation du nombre de parents (et parfois de médecins) remettant en question une certaine vaccination systématique. Au coeur de cette polémique, son message n'a pas semblé assez fort pour convaincre les sceptiques, surtout pour les vaccins HPV pour lequel de nombreuses écoles n'ont pas intégré le dispositif pour les jeunes filles de 13-14 ans. Elle a pourtant lancé quatre grandes campagnes de sensibilisation: le cancer colorectal (la deuxième cause de décès par cancer en Belgique), le papillomavirus humain (HPV), la prévention du cancer du col de l'utérus et une campagne relative à la vaccination à tous les âges.
Au début de la législature, la ministre souhaitait également s'attaquer à la problématique du suicide. A la fin de son mandat, on ne peut que constater que les chiffres ne sont pas en diminution, loin de là! Malgré la création d'un portail dédié à cette thématique (www.preventionsuicide.info), la réalisation du guide Points de repères et le soutien de formations de prévention du suicide visant à rendre les adultes plus vigilants pour détecter les comportements de mal-être, notre pays garde un taux de suicide complètement anormal. Il est urgent de mener une véritable politique sans tabou en la matière auprès des jeunes mais aussi auprès des médecins et des parents.
En matière d'assuétudes, la ministre a impulsé des campagnes de sensibilisation mais n'a pu aboutir à la mise sur pied d'un vrai plan de lutte contre l'alcoolisme. Est-ce de sa seule faute? Non, ce plan transversal (Fédéral-Région-Communauté) a été en grande partie torpillé par l'Open VLD et le lobby de l'alcool dans notre pays. Il reste aussi encore beaucoup à faire en matière de lutte contre les drogues.
Parmi ses réussites, on peut épingler, en matière de prévention et de dépistage des anomalies métaboliques congénitales pour tous les nouveau-nés de la Fédération Wallonie Bruxelles, la possibilité de dépister sept nouvelles maladies rares, portant ainsi à treize le nombre de maladies rares dépistées à la naissance.
Enfin, au-delà de l'élaboration du Plan National 2014-2019 de lutte contre le sida et de la distribution d'un million de préservatifs aux associations chaque année, le sida reste un problème de santé dans des milieux plus spécifiques et identifiés. La ministre a permis des campagnes de sensibilisation plus ciblées, mais elles n'ont pas encore porté leur fruit.