Programme du GBO : la régionalisation, une opportunité pour la 1ère ligne
Après Domus Medica et l'Absym, nous vous présentons le programme du GBO. " Valoriser la médecine générale pour améliorer la santé de tous ", tel est son slogan que le syndicat propose ce vendredi à la presse. Défendre les intérêts de la médecine générale et des médecins généralistes, dans une perspective de saine organisation des soins de santé, c'est l'objectif d'Anne Gillet qui a accepté il y a quelques mois de reprendre la présidence du GBO.
A la veille des élections médicales, le GBO a rédigé un mémorandum comportant dix priorités pour les cinq années à venir et présenté aujourd'hui à la presse. Vu le contexte économique actuel et les difficultés auxquelles risquent d'être confrontés les négociateurs du prochain gouvernement qui tenteront de défendre un budget décent pour les soins de santé, le GBO avance logiquement comme première priorité la pérennisation du financement des soins de santé. Le syndicat fait ici le grand écart entre une revendication sociale et un principe libéral en misant sur une accessibilité aux soins pour tous, mais en même temps sur une médecine de haute qualité scientifique, fondée sur la liberté thérapeutique.
Le GBO ne tarde pas à faire allusion aux spécialistes et aux inégalités parfois flagrantes puisque sa deuxième priorité est de planifier l'offre du personnel soignant en se basant sur les réalités de terrain et en restaurant l'équilibre MG/MS.
Plan de développement sanitaire
Dans ce programme, le syndicat des MG entend aussi renforcer le rôle de ceux-ci en matière de santé publique, en élaborant un 'plan de développement sanitaire'. Celui-ci comporterait des grandes revendications classiques, tels le maintien à domicile comme alternative au placement en institution, l'accompagnement des personnes en déficit d'autonomie et des malades chroniques, la réduction des inégalités en santé, l'amélioration de l'offre de soins en santé mentale et enfin, un point qui a jusqu'ici été moins abordé : l'accompagnement des exclus du système d'assurance maladie.
Et le GBO de rappeler bien sûr sa volonté de faire de la médecine générale la pierre angulaire du système de soins, avec une approche holistique du patient. Il évoque à nouveau le sort des patients atteints de maladies chroniques et/ou complexes, une de ses grandes priorités comme on le sait, avec évidemment le MG au centre de la coordination des soins. Et toujours dans cette optique, il plaide pour un DMG pour tous les citoyens chez un médecin généraliste attitré. En effet, la Wallonie n'a toujours pas rattrapé la Flandre à ce niveau ; un travail de fond reste donc certainement à réaliser.
Meilleure qualité de vie
Ce programme ne serait pas celui du GBO si la qualité de vie du médecin généraliste n'y était pas prônée. Le meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée est une des grandes aspirations du Dr Gillet depuis des années. Pour atteindre cet objectif, toujours les mêmes ingrédients : la poursuite de la réforme de la garde, la sécurisation de la pratique, la promotion de l'exercice en groupe, réseau ou équipe pluridisciplinaire, la facilitation de la diversification de la pratique, avec un temps partiel exercé en médecine générale et un autre en planning familial par exemple, sans oublier le développement de l'outil informatique et bien sûr ... une diminution de la paperasserie.
Au-delà de l'attrait financier de la médecine générale, qui s'est quand même amélioré au cours des dernières années, le GBO plaide également pour une augmentation de l'attrait intellectuel de la profession. " L'enseignement théorique et pratique de cette discipline doit occuper une part accrue dans la formation académique de base et bien au-delà, dans le débat sur les soins de santé. " Le syndicat encourage le développement de la recherche scientifique concernant la première ligne (recherche-action, conventionnelle et opérationnelle) et entend impliquer les MG dans l'épidémiologie. Enfin, pour revaloriser l'attrait intellectuel de la médecine générale, le GBO est toujours en quête de nouveaux financements alternatifs.
Collaboration entre lignes de soins
L'arrivée du nouveau syndicat des spécialistes francophones -MoDeS - au sein du Cartel se ressent dans le programme du GBO. Un grand point commun entre le GBO et MoDeS qu'a exprimé ce dernier dès sa création est la qualité de la vie. Le GBO se dit en effet " très attentif aux propositions des spécialistes au sein du Cartel visant à améliorer leur qualité de vie professionnelle et soutenir l'effort de réorganisation des deuxième et troisième lignes de soins ". Par ailleurs, il insiste sur le fait que la médecine spécialisée doit voir confirmé son rôle d'expertise en soutien de la première ligne.
Si cela ne tenait qu'au GBO, demain, tout le monde se tiendrait la main et collaborerait sans concurrence. Le syndicat d'Anne Gillet entend en effet " promouvoir une meilleure collaboration entre généralistes, spécialistes et hôpitaux et établir entre eux une complémentarité sans concurrence, au service des patients ". Un bel objectif en soi, sans doute teinté d'un peu (beaucoup ?) d'idéalisme. Pour y parvenir, le GBO plaide pour le développement des systèmes locaux de santé (SYLOS), projets de recherche-action visant à améliorer la coordination entre hôpitaux et médecins généralistes, ainsi que la qualité des soins, mais aussi pour l'organisation de GLEM mixtes entre MG et MS ou encore pour un Dossier Médical Partagé, géré bien entendu par le MG, dans le respect le plus strict de la protection de la vie privée.
Et dans le meilleur des mondes, le GBO espère aussi voir tout le monde collaborer au sein de la première ligne : médecins, paramédicaux, mais aussi les instances qui représentent les médecins, les Cercles, le FAG, la SSMG, le DUMG. Une meilleure collaboration donc, mais où chacun sait précisément ce qu'il doit et peut faire.
Transfert des compétences : une opportunité
Enfin, si le modèle de concertation a été remis en question à moult reprises au cours de cette législature, le GBO termine son programme sur une volonté " d'accroître la concertation avec les pouvoirs publics et les mutuelles, notamment dans le cadre des transferts de compétences aux Communautés et Régions ".
A moins de deux mois de la date fatidique du 1er juillet et de la mise en oeuvre de la sixième réforme de l'Etat, avec des transferts de compétences tout de même importants en matière de santé, on peut dire que l'allusion est plutôt timide. Pour en savoir davantage sur la position du GBO par rapport à ces transferts de compétences, il faut aller lire les " Objectifs du GBO de A à Z " à la lettre T, comme 'Transferts'. Le lecteur assidu pourra y découvrir une position tranchée du syndicat à ce sujet, qui déclare voir les transferts de compétences dans le cadre de la sixième réforme de l'Etat comme " une opportunité pour mieux organiser la première ligne, et non comme une menace ".