De la membrane de porc pour régénérer du muscle

Des chercheurs de l'Université de Pittsburgh ont mis au point une nouvelle technique de médecine régénérative, sans apport de cellules souches et avec des matériaux dérivés de protéines naturelles, pour renforcer et réparer un muscle abîmé chez des patients victimes d'un grave accident ou d'une blessure de guerre. Jusqu'ici, il y avait peu d'options pour traiter les personnes ayant perdu une masse musculaire importante.
Les scientifiques américains ont implanté chirurgicalement une fine membrane de vessie de porc à l'endroit de la blessure musculaire, d'abord chez des souris, puis chez cinq patients revenus grièvement blessés de la guerre en Afghanistan. La membrane avait été dépouillée de ses cellules, pour ne laisser qu'un échafaudage de protéines appelé matrice extracellulaire.
Cette matrice secrète un cocktail de peptides capable de mobiliser les cellules souches périvasculaires produites par l'organisme lui-même, de les attirer sur le site de la blessure et d'activer leur prolifération de manière à restaurer les tissus lésés.
Deux jours après l'acte chirurgical, les cinq hommes âgés de 27 à 34 ans, qui avaient perdu entre 58 et 90% de leur muscle dans une jambe six mois auparavant et qui n'avaient pas connu d'amélioration notable malgré de la physiothérapie intensive, ont ensuite bénéficié d'une rééducation. Ils étaient entraînés à effectuer des tâches comme gravir un escalier, se lever d'une chaise ou parvenir à lever une jambe en position assise.
L'une des clés de la reconstitution est en effet l'application répétée des forces mécaniques qui permettent aux nouvelles cellules apparues grâce à la matrice extracellulaire de devenir des cellules musculaires fonctionnelles bien intégrées aux fibres déjà en place.
Six mois après l'implantation, trois des patients avaient retrouvé 20% de force musculaire en plus et ils pouvaient se réjouir d'une amélioration d'au moins 25% des mouvements de la vie quotidienne comme soulever le pied en marchant. Les deux autres participants n'ont pas obtenu un tel succès mais ils ont fait part d'une plus grande stabilité de la jambe lésée et d'une meilleure qualité de vie.
Étant donné que la vessie de porc est largement disponible et que la sûreté de son utilisation médicale, une fois qu'elle est dépouillée de ses cellules, est prouvée depuis longtemps, les auteurs de l'étude considèrent que cette approche devrait aussi permettre la régénération de tissus humains autres que musculaires.
(référence : Science Translational Medicine, 30 avril 2014, DOI: 10.1126/scitranslmed.3008085)