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Rencontres UNAMEC : enfin investir dans la prévention ?

Le système de soins de santé devrait être réformé en profondeur et se focaliser enfin sur la prévention en la finançant de manière substantielle. Le rôle des mutuelles (à défaut de les supprimer comme le demande la N-VA), devrait être précisé. Il faut sortir de la logique en silo, alléger la nomenclature et " déshospitaliser " la société. Telles sont les réflexions entendues lors des traditionnelles rencontres organisées par UNAMEC.

Nicolas de Pape - 19 mai 2014

En raison du décès inopiné de Jean-Luc Dehaene, le panel invité par UNAMEC (Fédération belge de l'industrie des technologies médicales) s'était quelque peu réduit jeudi dernier, perdant notamment Hans Bonte, un des nombreux disciples du " démineur ". Maggie De Block (Open-VLD), Jacques Brotchi (MR), Marco Schetgen (PS), Elke Sleurs (N-VA) et André du Bus de Warneffe (cdH) étaient présents et ont discuté très ouvertement des améliorations possibles de notre système de soins de santé, l'humoriste Bert Kruismans jouant le Monsieur Loyal.

Balkanisation

Le Pr Brotchi (MR) a d'emblée regretté la balkanisation du système, éparpillé entre plusieurs niveaux de pouvoir, phénomène qui ne fera qu'empirer avec le paquet de compétences régionalisé en 2015 (si ce n'est plus tôt...). En tant que sénateur de communauté et député régional, le médecin libéral a raconté la manière dont on le " balade " de ministre en ministre lorsqu'il pose une question parlementaire. Il faut revoir d'urgence l'organisation des soins, estime le neurochirurgien. " La prévention ne pèse que 0,5% du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C'est dérisoire. La hernie discale et les maux de dos sont la cause principale des incapacités de travail. Il est urgent de les dépister plus tôt. Des RMN ne fonctionnent pas la nuit, ce qui est absurde. La région wallonne a investi dans un deuxième centre de proton-thérapie qui pourrait rapidement faire faillite. Arrêtons la politique du confetti. "
Très courageusement, le PS Marco Schetgen a estimé que, même un seul centre de ce type, était sans doute surnuméraire étant donné l'offre existante à nos frontières. Toutefois, l'équipement carolorégien devrait être aux deux-tiers dédié à la recherche, ce qui n'est pas négligeable.
Le généraliste a rappelé combien la première ligne était bon marché par rapport aux deuxième et troisième lignes alors qu'elle ne reçoit que 5% du budget des soins de santé. Il rappelle la nécessité de revaloriser la médecine humaine (l'acte intellectuel vs l'acte technique).

Elke Sleurs (N-VA) a pris la balle au bond en rappelant que la Wallonie était beaucoup plus hospitalocentrée que la Flandre.

André du Bus (CDH) estime que la solution tient dans la " déshospitalisation " au profit des soins à domicile tout en séparant les prestations des médecins hospitaliers du budget des hôpitaux pour plus de transparence. Alors qu'il mène sa seizième campagne électorale, il rend hommage au ministre flamand de la Santé Jo Vandeurzen qui a pris les devants en matière de prévention du diabète. " 600.000 Belges ignorent qu'ils sont en pré-diabète. Il y a urgence à les dépister. "

Nomenclature...

Tout le monde s'accorde sur le fait que la nomenclature doit être dépoussiérée de ses 460.000 tarifs différents (dixit Brotchi). Mais encore faudrait-il nommer le président de la commission chargée de s'en occuper...

Toutefois, selon le Dr Schetgen, ceux qui veulent en profiter pour dégraisser l'administration se trompent : " Nous avons besoin plus que jamais de services publics de qualité ". Selon lui, une des solutions au sous-financement hospitalier passe par les bassins de soins qui permettraient de pallier le trop-plein de lits hospitaliers. Pour Elke Sleurs, bien sûr, la solution, c'est de régionaliser davantage et les vaches seront bien gardées.

Jacques Brotchi, au contraire, croit encore à la possibilité de projets fédéraux. Il rappelle avoir obtenu un accord au niveau national avec Marc Verwilghem (VLD) pour la création début 2000 d'une magnétoencéphalographie (qui permet notamment de détecter l'autisme chez l'enfant) partagée entre Erasme et d'autres hôpitaux universitaires tel celui de l'ULg.

Le problème, selon UNAMEC, vient du fait que le matériel médical de pointe arriverait trop lentement vers les patients. Ceci fait partie du problème plus global de l'innovation en Belgique. Pour le MR, cela passe par de meilleures synergies entre industrie, universités et cliniques, la mise en place de balises pour la recherche et la réforme de la nomenclature qui donnerait plus de place aux techniques innovantes. Les hôpitaux ont également trop tendance à vouloir tout faire, ce qui est illusoire.

Rôle des mutuelles

André du Bus souligne l'importance des thérapies personnalisées pour lesquelles le Sénat a créé un groupe de travail entièrement dédié. Selon l'humaniste, la Belgique est à la pointe en matière thérapies génique, tissulaires et cellulaires. Mais sa position de force en la matière est inconnue des médecins et du grand public. Maggie De Block évoque le manque d'investissement en recherche par rapport aux Pays-Bas et l'Allemagne mais aussi le manque de suivi.

Lors du débat, animé avec l'humour corrosif de Bert Kruismans, le ton est monté à propos du rôle des mutuelles. Privée de pilier politique la N-VAer Elke Sleurs estime que les Mutualités chrétiennes gèrent les soins de santé de manière antisociale, le PS Marco Schetgen estimant au contraire que le rôle social des mutuelles est irremplaçable. Le conseiller de Laurette Onkelinx souligne cependant la nécessité de les contrôler comme n'importe quelle institution. Les libéraux Brotchi et De Block ne souhaitent pas la disparition des mutuelles mais déplorent qu'elles soient juge et partie (prestatrices de soins et contrôleurs). Leur rôle doit donc d'urgence être reprécisé. André du Bus voit, lui, dans les associations de patients un acteur à intégrer dans la concertation étant donné que les Mutuelles représentent leurs membres (qu'ils soient malades ou en bonne santé) et non les patients en tant que tels. Beaucoup ont regretté la panoplie de services offerts par les organismes assureurs et qui ont peu de rapport avec la santé.

Certains (dans une salle légèrement acquise à la N_VA) en ont profité pour demander la fin du système de concertation. A quoi le Dr Schetgen, MG à Linkebeek, a souligné à juste titre que les médecins face à l'Etat seraient toujours perdants.

Quant au rapprochement fusionnel entre le SPF Santé publique et l'Inami (doublon évident), Maggie De Block n'y croit pas et Jacques Brotchi botte en touche : ce qu'il faut éviter c'est un ministre qui conjugue Affaires sociales et Santé publique car " les deux compétences sont trop différentes ", ce qui laisse entrebâillée une porte pour un libéral aux Affaires sociales.

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