Obtention d'un prix Nobel : la politique scientifique plus déterminante que la consommation de chocolat
L'étude du Pr Messerli, en 2012, établissant une corrélation forte entre la consommation de chocolat et le nombre de lauréats du prix Nobel dans 23 pays, aussi plaisante soit-elle, n'avaient guère été appréciée par Pierre Maurage et Alexandre Heeren, chercheurs à l'Institut de recherches en sciences psychologiques de l'UCL. Et encore moins l'empressement de la presse, tant spécialisée que générale, à travers le monde, pour diffuser le message simpliste selon lequel " manger plus de chocolat accroîtrait les capacités intellectuelles. "
L'an dernier déjà, avec leur collègue Mauro Pesenti, les chercheurs louvanistes avaient rédigé un article scientifique pour préciser que corréler la consommation de chocolat avec le nombre de prix Nobel ne signifie pas qu'un lien de causalité existe et pour mettre en garde contre les dangers inhérents à la simplification des résultats scientifiques en vue de leur diffusion vers un large public.
Pierre Maurage et Alexandre Heeren ont remis le couvert, avec la collaboration d'un chercheur japonais, Hideyuki Doi. Ils ont publié une nouvelle étude dont l'objectif était de clarifier ce débat.
Pour ce faire, le rôle respectif de différents facteurs sur le nombre de prix Nobel obtenus dans l'ensemble des pays du globe a été exploré via une méthode statistique permettant de quantifier simultanément le poids de chacun de ces facteurs, qu'il s'agisse des habitudes alimentaires (consommation de cacao, lait et vin), mais également des variables liées au développement économique (produit intérieur brut - PIB) et à l'activité scientifique (nombres de publications et pourcentage du PIB brut alloué à la recherche scientifique).
Les résultats de cette étude indiquent clairement que le style alimentaire ou même le PIB ne jouent aucun rôle significatif dans la probabilité d'un pays d'obtenir un prix Nobel. En réalité, les deux facteurs les plus importants sont d'une part le nombre de publications scientifiques, et d'autre part le pourcentage du PIB alloué spécifiquement au financement de la recherche.
Les auteurs de l'étude invitent dès lors les décideurs politiques à consacrer une part importante des deniers publics au développement d'une recherche scientifique de qualité et à faciliter la publication des travaux de recherche plutôt que d'importer massivement des fèves de cacao pour augmenter la consommation de chocolat.
(référence : PloS ONE, 27 mars 2014, DOI: 10.1371/journal.pone.0092612)