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Bilan de Laurette Onkelinx

Hyperactive, Laurette Onkelinx, aux commandes de la Santé publique depuis sept ans, ne laisse pas indifférent. Son bilan est, comme il se doit, en demi-teinte. Les médecins ont surtout apprécié son plan gardes MG mais ont eu du mal à suivre, tant les "plans" et autres feuilles de route se sont succédé à un rythme frénétique. Tentative de bilan.

Nicolas de Pape - 19 mai 2014

En bonne socialiste, Laurette Onkelinx s'est distinguée par le lancement d'une série de plans (certains "nationaux") dont la liste donne le tournis: plan cancer, plan maladies chroniques, plan bucco-dentaire, plan hépatite, plan maladies rares, plan gardes MG, plan autisme, plan informatisation de la santé, plan Alzheimer, plan contre les bactéries résistantes... A ceux-ci s'ajoutent des plans qu'il a fallu implémenter, comme le plan national nutrition santé, et des plans décidés en interministériel comme le plan alcool ou, en Région, le plan sida. Enfin, certaines feuilles de route (celle consacrée au financement hospitalier, par exemple) sont devenues également, par paresse labiale, des "plans". Du coup, il y a peu de problématiques qui n'aient eu leur plan idoine.

Derrière ces différents plans se cache une frénésie ministérielle qui n'est pas critiquable en soi: aurait-elle choisi l'inertie qu'on lui aurait mêmement reproché.

Garde MG

Les médecins ont particulièrement apprécié le plan gardes MG. Ils furent fort aise de découvrir une ministre à l'écoute qui répondait à leurs attentes pas seulement par des mots, mais aussi en mettant la main au portefeuille. Face à l'indispensable continuum des soins, la ministre a fait mouche, se disant favorable à une synthèse entre les différentes approches (postes de garde, voitures avec chauffeur, gardistes...).

La problématique phare, le cancer, eut bien sûr son plan. Autour de ce fléau, les différentes chapelles se sont quelque peu étripées, tout en reconnaissant la nécessité d'une approche globale. Lancé en 2008, autour de 32 actions et 73 mesures (!), le plan Cancer a fait l'objet d'assez peu d'évaluation si ce n'est, en 2012, une bonne note délivrée par le Centre du cancer qui a compté 44 mesures appliquées sur 71, 35.316 séances de consultation tabagique remboursées, sans oublier, dès lors que la COM (consultation oncologique multidisciplinaire) était rendue obligatoire pour tout nouveau diagnostic, pas moins de 250.492 consultations enregistrées en 2011 chez les oncologues médicaux, 164.051 chez les hématologues cliniques et 484.699 chez les endocrinologues-diabétologues. Le plan Cancer a permis d'engager du personnel soignant supplémentaire (ce qui en politique est toujours mis à l'actif d'un bilan): 330 ETP infirmiers, 330 psychologues, 165 assistants sociaux et data managers et 163 ETP diététiciens.

De son côté, le plan maladies chroniques a concrétisé le statut du malade chronique qui, en matière de médicaments soumis à autorisation, lui rend la vie plus facile.

Les thuriféraires de Laurette Onkelinx (écouter l'interview de Philippe Mahoux sur Jdm-TV) soulignent que la native de Liège a beaucoup fait pour renforcer l'accessibilité aux soins en élargissant, notamment, les filets de sécurité et le tiers-payant social, ce dernier ne faisant pas l'unanimité dans le corps médical, tant s'en faut, car des abus sont à déplorer.

Suppléments d'honoraires

Dans ce contexte, les intérêts des patients et des médecins n'allant pas forcément de concert, l'interdiction des suppléments d'honoraires en chambre double et commune a été saluée ou conspuée selon le point de vue: caisse enregistreuse pour les uns, rupture du principe moteur de la convention et licenciement d'au moins 3.000 petites mains, pour les autres.

L'informatisation des soins a connu une certaine accélération, même si les choses vont trop lentement dans notre pays toujours à l'affût d'une "dictature technologique". Les retards se sont accumulés pour un certain nombre de projets comme MyCarenet. Mais les logiciels sont enfin homologués et les bugs de fonctionnement (honoraires de garde) et autres maladies de jeunesse sont, pour l'essentiel, derrière nous.

Absence de vision? Soutenue par un cabinet très talentueux, acquis à la cause de la ministre et... stable, l'action d'Onkelinx s'est caractérisée par une cohérence certaine, faute d'une véritable vision, sans doute quasi impossible à mettre en place au sein d'un gouvernement à six composantes PS/CD&V/MR/SP.A/Open-VLD/cdH, par ailleurs minoritaire en voix en Flandre et sous la menace permanente de la N-VA.

Ainsi du couac sur les arrêtés libérant quelque peu le carcan du numerus clausus en MG et dans quatre spécialités en pénurie: ils ont été taillés en pièces par la Flandre qui voit dans cette attitude, non pas la manifestation d'un certain pragmatisme face aux pénuries à venir, mais le syndrome de l'éternel laxisme consumériste wallon.

Très sévère, Jacques Brotchi (MR) parle, lui, de mensonge lorsque, recevant les carabins naïfs, la ministre promet qu'en 2020, tous les étudiants en médecine auront un numéro Inami. Une promesse bien en l'air alors que personne ne peut dire qui sera ministre de la Santé ni quel gouvernement sera aux affaires dans six ans.

Celui que nos lecteurs verraient bien ministre de la Santé (lire notre dernière édition) souligne aussi le manque de cohérence entre les ministres socialistes de la Santé fédéral et régionaux sur de nombreux dossiers (notamment le plan hépatite C remis à la prochaine législature, ce qui condamne des dizaines de malades au trépas).

Sur le dos des médecins ?

Du côté des syndicats médicaux, l'Absym est encore plus sévère. Son président, Roland Lemye, a accusé la ministre d'avoir fait l'essentiel des économies sur le dos des médecins, celle-ci ayant eu à cet égard le droit de réplique dans la longue interview qu'elle nous a accordée (lire Jdm n°2352).

Mais c'est surtout le système de concertation qui a été mis à mal ces dernières années, crise économique oblige. Les médecins (mais aussi les autres professionnels de soins actifs dans les commissions Inami) ont eu l'impression, d'une part, que l'encre des accords était à peine sèche, qu'une nouvelle mesure d'économies leur tombait dessus, et, d'autre part, la détestable sensation qu'un téléphone rouge n'aurait cessé de sonner entre les deux principales mutuelles du pays et la ministre. A tel point qu'on se pose des questions sur l'avenir de ce système.

Le plan financement hospitalier, lui aussi, inquiète. Même si la ministre a insisté sur le fait que rien n'est décidé, la fameuse approche "all-in" fait peur aux médecins hospitaliers. Que deviendront les honoraires et, dans chaque pathologie, l'affectation de leur coût si on accentue le financement prospectif par APR-DRG? L'Absym a commandé pour 2015 un rapport d'experts pour en savoir plus. But: préserver la liberté thérapeutique et les revenus horaires "déjà très faibles" des médecins.

Les médecins en société ont également diversement apprécié que le gouvernement accentue la pression fiscale sur les bonis de liquidation et ne permette pas à un médecin retraité de dépasser la limite de revenus fixée pour une carrière incomplète, à laquelle les médecins sont condamnés. Mais là, ce sont plutôt les deux partis libéraux qui ont lâché leur électorat traditionnel. Il est fort à parier que si nous avions vécu sept ans de gestion libérale de la Santé publique, les médecins seraient tout aussi circonspects.

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