Testostérone : le débat reste ouvert...

La grande vedette de l'AUA cette année a certainement été l'utilisation de la testostérone. Pour certains, surprescrite et surutilisée, elle conduit à beaucoup d'incertitudes et des effets indésirables conséquents... Pour les autres, il s'agit d'une cure de jouvence bien venue...
L'usage de la testostérone remonte à des temps très reculés. Les Babyloniens et les Egyptiens consommaient déjà des testicules en grandes quantités pour améliorer leur force physique. La médecine ayurvédique atteste du bien-fondé de cette consommation pour le traitement de l'impuissance... Pendant plusieurs dizaines d'années, elle était utilisée avec parcimonie ou dans des cercles fermés de sportifs peu scrupuleux. En dix ans, sa prescription a triplé aux Etats-Unis (1) et même si l'Europe est encore un peu à la traine, elle devient de plus en plus populaire. Peut-on parler de surconsommation ? Les avis des urologues s'opposent très farouchement sur le sujet, ce qui a fait l'objet d'une controverse lors de l'AUA*. Des données parues l'année dernière montrent que les 40-49 ans sont plus de 2% de la population masculine aux Etats-Unis à en recevoir, plus de 3% dans la tranche d'âge supérieure et près de 4% entre 60 et 69 ans. Pire encore, Layton et ses collègues (2) affirment que cette tendance est également présente chez les 18-39 ans : au Royaume-Uni 15,6% des prescriptions concernent cette tranche d'âge et 12,4% aux Etats-Unis. Beaucoup de prescriptions ne reposent sur aucune recommandation ni sur des tests fiables. Par ailleurs, l'étude de Layton montre que si la prescription suit une courbe exponentielle depuis 2006, les tests suivent la tendance inverse. Les opposants argumentent sur le fait que le risque cardiovasculaire est loin d'être nul surtout lorsque l'utilisation se passe en dehors d'un besoin médical réel (3) avec un doublement de ce risque.
Trop ou pas assez ?
Les partisans de la testostérone soutiennent en revanche que les études sur les effets cardiovasculaires ne permettent pas de tirer de conclusion définitive et estiment que la testostérone est sous-utilisée au vu des bénéfices qu'elle apporte aux patients. Ainsi Shores et al. (4) indiquent une réduction significative de la mortalité cardiovasculaire et globale chez les patients. Aksam Yassin** (Nordestedt, Allemagne) a montré que le traitement par testostérone chez des hommes présentant un hypogonadisme permettait non seulement de réduire beaucoup de facteurs de risque cardiovasculaire à court terme, mais aussi à long terme. Grâce au traitement, les 261 patients inclus dans l'étude ont vu leur taux de testostérone plus que doublé passant de 7,5 nmol/L à 18 nmol/L, taux qui se maintenait tout au long des 5 années. Dans le même temps, le tour de taille a baissé de 9,43 cm, la masse corporelle a baissé de 11,08 kg soit une perte de plus de 10% par rapport au poids initial et le BMI de près de 3,71 points. Et A. Yassin de conclure que la testostérone améliore tous les paramètres liés au syndrome métabolique. Enfin, on a souvent pensé qu'elle pouvait augmenter le risque de cancer prostatique ou d'évolution de celui-ci. Selon les données montrées à l'AUA, c'est faux ! Ahmad Haider*** (Bremerhaven, Allemagne) et ses collègues ont suivi une cohorte de 300 patients hypogonadiques traités pendant 6 ans par testostérone. Non seulement le risque n'a pas augmenté, mais l'IPSS a diminué de 4,83 points sur la durée du suivi. La fonction érectile s'est améliorée.
Chacun s'accorde donc pour dire que l'utilisation de la testostérone présente un intérêt chez les patients déficients et qu'elle est probablement trop souvent prescrite en dehors de ses indications médicales. Il n'en demeure pas moins une zone grise où elle peut être justifiée. C'est pourquoi il semble que les recommandations actuelles ne suffisent plus et doivent mieux clarifier son usage pour des patients qui se trouvent à la limite. Ainsi faut-il en faire usage chez des patients en surpoids, mais non-obèses ou pour ceux présentant un prédiabète ?
Réf. :
*Testostérone is being abuse in the middle age ? Pro/Con AUA 2014 16/05/2014
** Yassin A. et al. Long-term testosterone treatment leads to progressive weight loss and waist size reduction in hypogonadal men Abstract # MP48-01
*** Haider A Effects of long-term testosterone therapy on prostate, urinary and sexual parameters in 300 hypogonadal men treated for up to 6 years Abstract #PI-01