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Cancer prostatique : Remettre la chirurgie à sa place...

Lors de l'AUA 2014 à Orlando (FL), nous avons pu rencontrer le Pr Steven Joniau (Urologie, KU Leuven) au sujet notamment de la prise en charge du cancer de la prostate et des changements qui ont été évoqués lors de ce congrès.

Pierre Dewaele - 22 mai 2014

L'un des points marquants concernant le cancer prostatique, pour le professeur de Leuven, réside dans l'importance croissante de la surveillance active du cancer de la prostate. " C'est ce qui apparait d'après les résultats des bases de données américaines bien plus importantes en nombre que les nôtres en Europe. L'étude qui présente le plus long suivi est celle de Klotz et ses collègues ", explique Steven Joniau. En effet, le follow-up des patients s'est poursuivi pendant 19 ans. " Dans cette étude, les auteurs montrent que la survie spécifique pour le cancer de la prostate après 15 ans est de 94% pour les patients sous surveillance active et 52,3% après cette période sont demeurés dans le programme de surveillance active et n'ont pas subi de chirurgie. " Selon cette même étude, il apparait que les patients ont 9,5 fois plus de risque de décéder d'une autre cause que de leur cancer prostatique. " Cela montre donc que les hommes avec un cancer de la prostate à bas risque peuvent être simplement surveillés sans autre prise en charge et avec une meilleure qualité de vie. Bien entendu, si ces patients présentaient une maladie progressive, ils entraient dans un autre protocole de prise en charge. Au cours d'une autre session, on a entendu d'ailleurs que le nombre de patients entrant en surveillance active ont augmenté de 50% au cours de ces 10 dernières années."

Shift for high-grade...
A contrario, beaucoup de communications ont également concerné le cancer prostatique avancé qui réclame en revanche un traitement permettant un contrôle de la maladie. " Grâce à cela, on remarque que même la moitié des patients peuvent être aujourd'hui guéris. La question est donc de savoir ce que nous allons mettre en oeuvre pour arriver à cet objectif. Il apparait de plus en plus que la chirurgie constitue une prise en charge très efficace pour les patients présentant un cancer prostatique à haut risque voire à très haut risque. Au vu des données de Klotz et d'autres sur la surveillance active, on assiste donc à un déplacement du recours à la chirurgie des patients les moins sérieusement atteints vers les pathologies les plus lourdes. Il s'agit d'une vraie nouveauté à laquelle peu d'urologues sont habitués. La plupart pensent en effet que la chirurgie n'est réservée qu'aux cas les moins graves. "

Médecine personnalisée
Attention, il ne s'agit pas non plus des mêmes interventions. Pour les patients grièvement atteints, il s'agit d'enlever la tumeur en marge saine si possible. " En effet, les études montrent qu'enlever la tumeur primaire permet d'augmenter considérablement les chances de survie du patient. Par ailleurs, elle ne se révèle pas plus délétère en termes de continence ou d'activité sexuelle que la radiothérapie sur le plus long terme. Par ailleurs, rappelons que l'hormonothérapie déprivative a, elle aussi, des conséquences sur la qualité de vie des patients, notamment. " Ainsi, les traitements anti-androgènes annulent pratiquement la libido et provoquent de dysfonctionnements érectiles. En outre, ils entrainent également des troubles métaboliques et cardiaques. " Nous avons de plus en plus d'arguments pour penser que la prise en charge de ces patients à haut risque peut commencer avec la chirurgie, leur offrant alors les meilleures chances de survie globale et spécifique. "

" Il ne s'agit pas ici de savoir qui fait mieux ou moins bien, mais de pouvoir décider ensemble, en équipe et avec le patient, l'option thérapeutique la plus appropriée dans son cas personnel. Même les patients avec deux ou trois facteurs de risque, qui avant les excluaient de la chirurgie, pourraient bénéficier de ce traitement. Toutefois, il s'agit d'une chirurgie très spécifique et très longue, très différente de celle que l'on pratique pour les stades moins avancés ", conclut le Pr Steven Joniau.

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