Les statines en échec face à la BPCO

La liste des effets bénéfiques des statines est tellement fournie que, pour certains, cette classe thérapeutique est considérée comme incontournable et pas seulement chez les cardiaques. Leur effet anti-inflammatoire, une des facettes des fameux effets pléiotropes, laissait supposer un effet bénéfique dans la prévention des exacerbations des BPCO, malheureusement...
Malheureusement, l'étude prospective randomisée contrôlée STATCOPE (un acronyme imparfait construit à partir de SimvaSTATin in the prevention of COPD Exacerbations) ne confirme pas ce que de multiples études rétrospectives avaient laissé espérer en montrant notamment une amélioration de la fonction pulmonaire et une diminution de la morbi-mortalité liée aux exacerbations de BPCO.
L'étude STATCOPE a concerné 877 sujets atteints de BPCO modérée à sévère dont 430 ont pris 40 mg/j de simvastatine et 447 un placebo. Ce traitement était ajouté au traitement classique de la BPCO.
Il est important de noter que les patients inclus n'avaient aucune indication médicale approuvée à la prise de statine, il n'y avait donc aucun diabétique, aucun coronarien connu et aucun sujet hyperlipidémique dans l'étude et mêmes les sujets qui en fonction de leur profil de risque cardiovasculaire auraient du être traités par statine ont été écartés.
L'enjeu
Le critère principal d'évaluation était la fréquence des exacerbations, définie comme le nombre moyen d'exacerbation par patient-année (PA). Les principaux critères secondaires comprenaient le délai avant la première exacerbation, la gravité des exacerbations, la qualité de vie et les modifications spirométriques de la fonction pulmonaire.
Les patients inclus avaient de 40 à 80 ans, il s'agissait de fumeurs actifs ou anciens et présentant par ailleurs un des critères suivants : oxygénothérapie actuelle ou ancienne, antibiothérapie et/ou corticothérapie systémique ou recours aux urgences et/ou hospitalisations pour exacerbations au cours de l'année précédant l'inclusion.
Le suivi minimum a été de 12 mois, avec un maximum de 36 mois pour certains patients.
Futility
Cette étude a été arrêtée prématurément sur recommandation du comité de surveillance de la sécurité des données sur base d'une analyse intermédiaire démontrant que la prescription d'une statine n'avait pas de chance d'aboutir à un effet positif en matière de prévention des exacerbations de BPCO.
En effet, le taux d'exacerbations de BPCO par PA était similaire dans les deux groupes : 1,36 dans le bras simvastatine et 1,39 dans le bras placebo (p = 0,54) et il n'y avait pas non plus de différence entre les deux groupes pour les principaux critères secondaires : délai médian avant la première exacerbation (simvastatine 223 j placebo 231 j), gravité similaire des exacerbations, aucun effet bénéfique sur la fonction pulmonaire ni sur la qualité de vie.
Bonne tolérance
Un point positif quand même, ce travail confirme la bonne tolérance des statines
Les taux d'événements indésirables étaient similaires dans les deux bras et les effets musculaires que l'on aurait pu craindre plus fréquents chez les patients BPCO n'ont pas été plus importants qu'avec le placebo.
L'essentiel
Tout patient BPCO ayant une indication à la prescription d'une statine doit la recevoir au même titre que les patients sans BPCO. La prescription d'une statine ne permet en revanche pas d'influencer le cours naturel de la BPCO et s'avère donc sans objet.
Pour tous les détails se référer à l'étude mise en ligne par le New England Journal of Medicine conjointement à la présentation faite par Gerard J Criner, ATS 2014, San Diego 16-21 mai 2014